Après avoir pris connaissance de ce billet, le maître-bourgeois
se rendit à l’assemblée de bourgeoisie réunie
ce jour-là, et il expose :
« qu’on lui a aujourd’hui 24 juin mis en main
un billet diffamatoire contre son honneur et sa réputation
qui le taxe de la manière la plus indigne, et que s’il
était coupable d’aucun crime dont on penserait
lui imposer, il ne mériterait aucunement de posséder
la charge de maître-bourgeois dont il se trouve revêtu
; » mais comme il se sent innocent des crimes dont on
le charge, il supplie la bourgeoisie de vouloir l’assister
de ses conseils.
« Sur quoi ayant été délibéré,
il s’est passé qu’on ne peut de moins que
de soutenir le dit sieur maître-bourgeois, qu’on
regarde comme un très honnête homme. »
Une enquête ayant été faite séance
tenante elle amena la découverte du coupable «
et il fut arrêté d’une voix unanime qu’on
priera M. l’officier de ce lieu de former demande pour
le faire châtier méritoirement ».
Pour compléter cette étude de mœurs communales,
voici un procès-verbal relatant un épisode qui
devint encore l’occasion d’une amende honorable
à la Commune de Boudry.
Dans l’assemblée de Bourgeoisie du 23 octobre 1729,
David Gorgerat a fait rapport « qu'il y a quelques jours
qu’étant au cabaret dans le Coq d'Inde, où
il y avait bien des gens étrangers et d'autres, comme
on parlait des chiens que quelques-uns ne tenaient pas attachés,
il dit à Samuel Dutoit les paroles suivantes:
— Le sieur greffier Grellet ton maître ne fait pas
bien de ne pas tenir son chien à l'attache?
Sur quoi le dit Dutoit (valet du sieur greffier) répondit:
— Mon maître se fiche bien de la Bourgeoisie!
Et sur ce rapport du sieur David Gorgerat il a été
délibéré qu'on condamne le dit Dutoit à
10 batz de châtiment au profit de la Bourgeoisie, et à
faire due réparation en demandant excuse et pardon en
pleine Bourgeoisie, et on l'exhortera à être sage
à l'avenir, faute de quoi on le fera sortir du lieu.
»
Dans les faits exposés les personnes qui avaient eu maille
à partir avec la bourgeoisie de Boudry se sont résignées
à faire des excuses et même à demander pardon
à cette corporation; mais il y en eut d'autres, plus
obstinées, qui ne voulurent pas le faire et aimèrent
mieux comparaître devant les tribunaux.