Dans cette même séance on lut encore une lettre
de M. Bondely l’inculpé, qui fut trouvée
offensante et par laquelle on a remarqué « que
M. Bondely n’est pas disposé à pacifier
cette affaire amiablement. »
Le procès-verbal de l’assemblée du 5 novembre
nous renseigne sur la solution de ce différent, qui agita
la bourgeoisie de Boudry pendant plusieurs semaines.
Les sieurs maîtres-bourgeois et députés
qui furent à Neufchastel « mercredi dernier au
sujet de la satisfaction qu’on demande à M. Bondely
fils aîné de M. l’ancien bailli d’Aubonne,
ont rapporté qu’ils parurent au château par
devant monseigneur le gouverneur Lubières, et M. Jonas
Le Chambrier, conseiller d’Etat et procureur général,
où le dit M. Bondely ayant aussi paru accompagné
de M. le conseiller Hory son grand-père, il déclara
en présence de toute l’assemblée, qu’il
ne se souvenait point d’avoir proféré contre
les dits sieurs maîtres-bourgeois et brévards,
les paroles indécentes et de mépris dont on l’accuse,
mais que si tant était qu’il les eut proférées
il en était bien marri, et qu’il reconnaissait
les dits sieurs maîtres-bourgeois et brévards comme
des gens de bien et d’honneur.
Et à cause de l’entremise de monseigneur le gouverneur
et pour les grands égards que notre bourgeoisie a pour
M. le conseiller Hory, on n’a pas exigé réparation
plus outre, et on s’est ensuite donné les mains
de réconciliation.
Pour ce qui est des frais auxquels M. Bondely s’est soumis,
on a prié monseigneur le gouverneur de les régler.
»
L’affaire Bondely terminée, la bourgeoisie n’exige
pas d’amende honorable méritant d’être
signalée jusqu’en 1725, mais cette année-là,
un communier ayant eu la malencontreuse idée de saisir
un maître-bourgeois par le collet et de le secouer un
peu trop fortement, celui-ci indigné de ce procédé
peu courtois formula une plainte contre son agresseur, et la
présenta à l’assemblée des bourgeois
du 20 août.
Il raconte le fait qui s’est passé, « comment
le dit communier lui donna des démentis, l’insulta
de paroles très fortement, et lui sauta dessus dans une
grande fureur. »
Le plaignant demande ensuite à la bourgeoisie «
de mettre ordre à ce que ses maîtres-bourgeois
ne soient pas traités de cette manière, et qu’on
aie plus d’égards pour eux, puisque de semblables
entreprises hardies rejaillissent même sur l’honneur
de la bourgeoisie. »
Le 11 novembre le bourgeois incriminé parait devant le
conseil de bourgeoisie dont il avait été exclu,
et après avoir demandé pardon au maître-bourgeois
qu’il avait maltraité, il fait des excuses à
la bourgeoisie, et à sa prière, il est réintégré
dans le conseil, « promettant d’être plus
modéré à l’avenir. »
Une année après cet incident, en 1726, un maître-bourgeois
en charge reçoit un billet anonyme conçu en ces
termes :
« Tu as pourtant une tête aussi bien que des cervelles
et cependant tu es pire qu’un sorcier. Tu caïes (hais)
la vérité que tu avais jurée puisque tu
la parjures. On ne serait pas sûr de toi dans un cachot,
car si tu pouvais le faire tu déroberais les gonds de
ses portes, rien n’étant en sûreté
devant toi, de près ou de loin. Faussaire, larron, enseigneur
de perdition.»