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LA RÉFORMATION A PONTAREUSE

         


Pontareuse, comprenait alors Boudry, Cortaillod, Bôle, Rochefort, les Grattes, Brot, la Pacotta, Fretereules et les Ponts.
Le curé de Pontareuse, Gauthier, avait d’abord prêché l’Evangile que la plupart de ses paroissiens acceptèrent ; ayant plus tard modifié ses convictions, il faisait tous ses efforts pour ramener ses ouailles à l’ancienne foi. Les évangéliques de Bôle et des Grattes voulaient rester fidèles à la parole de Dieu ; ils se rendirent à Neuchâtel pour demander qu’on leur donnât un pasteur qui prêchât la pure parole de Dieu. Fabri était depuis quelques jours de retour de Boudevilliers, où il avait été huit mois ; il vit un appel de Dieu dans la demande des évangéliques de Bôle, et consentit à se fixer au milieu d’eux pour les nourrir de la parole de vie.
Les gens de Boudry, excités par le curé et par le châtelain Henri Vouga, firent tout pour entraver l’œuvre de Fabri ; lorsque celui-ci prêchait, ils allaient et venaient dans le temple pour le troubler. Les évangéliques se plaignirent au gouverneur qui leur dit qu’il donnerait des ordres afin qu’ils pussent, le dimanche suivant, célébrer en paix leur culte. Il ordonna au châtelain de partager le temple en deux, afin que chaque parti put disposer d’une partie du temple. Les habitants de Boudry, en apprenant cela se récrièrent, disant qu’une chose pareille était inouïe et abominable. Ils déclarèrent au châtelain qu’ils perdraient tout plutôt que de consentir à un tel partage.
C’est dans de tels sentiments qu’ils se rendirent le dimanche suivant au temple ; lorsqu’ils y arrivèrent, Fabri prêchait ; il les pria de bien vouloir le laisser achever son sermon en paix ; sans faire attention à ses paroles, ils s’élancèrent aux cloches et firent un tel vacarme, que Fabri fut forcément obligé de descendre de chaire avant d’avoir fini son discours.
Les évangéliques étaient à peine sortis du temple, que leurs ennemis se précipitèrent sur eux, l’épée nue à la main ; quelques-uns, pour empêcher la foule de se précipiter sur eux, avaient fermé la porte du temple derrière eux ; elle fut bientôt forcée, et tous se ruèrent sur les évangéliques, comme des loups sur des agneaux mais Dieu les protégea tellement, que malgré les menaces et la rage des adversaires, personne ne fut blessé !
Dès que le tumulte fut apaisé, les évangéliques allèrent, contrairement à l’avis de Fabri, se plaindre au Conseil de Neuchâtel du châtelain et des mauvais traitements reçus. Quelques conseillers et quelques bourgeois de Neuchâtel, fort irrités, les accompagnèrent à leur retour ; les villages circonvoisins étaient sous les armes, prêts à marcher sur Boudry. Les conseillers reprirent vertement le curé et le châtelain, et le jour suivant le curé et plusieurs habitants de Boudry durent comparaître devant le Conseil, où ils s’excusèrent tout tremblants.
Pour éviter tout conflit, le gouverneur décida que le dimanche les évangéliques auraient l’usage du temple de Pontareuse, et les gens de Boudry la chapelle de leur ville. Pendant la semaine, les deux partis étaient libres de célébrer leur culte indifféremment dans le temple ou dans la chapelle. Malgré cette décision, les catholiques célébrèrent la messe le dimanche dans le temple de Pontareuse.
Le premier dimanche de décembre, le châtelain de Boudry lut devant tout le peuple un écrit où la messe était glorifiée et l’Evangile blasphémé ; il y était de plus ordonné que le dimanche les évangéliques devaient avoir leur service de très bonne heure, afin que les partisans de l’ancienne foi eussent le temps de chanter leur messe. Les évangéliques, étonnés de cette décision, demandèrent une copie de cet écrit, ce gui leur fut refusé.
Le jour de Noël, les évangéliques se rendirent au temple de bon matin et furent fort surpris de trouver le prêtre qui lisait la dernière grand’messe, accompagnée de grandes chansons bien longues.
Les évangéliques ne cherchèrent point à troubler le culte, ils attendirent l’arrivée du châtelain, et lorsqu’il vint, ils lui demandèrent de faire exécuter les ordres du gouverneur. Le châtelain leur répondit qu’on ne les empêcherait point d’avoir leur culte.
Les évangéliques laissèrent le curé achever sa messe et son preschement, lequel, quoique tout plein de blasphème, ils ne voulurent point interrompre. Lorsque le curé eut fini, c’est avec beaucoup de peine que Fabri put arriver jusqu’à la chaire ; l’un le poussait d’un côté, l’autre de l’autre, et quand il fut en chaire, il ne pouvait presque pas se faire entendre ; à cause des cris des opposants.
Lorsque les évangéliques demandèrent au curé un calice pour célébrer La sainte Cène, il le refusa ; alors un des évangéliques en prit un sur l’autel, le curé le lui arracha des mains et se mit à vociférer et à faire un grand bruit ; des gens de Boudry arrivaient dans ce moment, et comme des lions furieux, ils se ruèrent sur les évangéliques, ils les frappaient à coups de poings ; l’un alla secrètement planter son couteau dans un des gouverneurs de la Gratte, mais Dieu permit qu’il ne perçât que les habits.
Quelques-uns coururent prendre dans une chambre près de l’autel de gros bâtons qu’ils y avaient cachés, d’autres arrachaient des échalas des vignes. On en voulait surtout au prédicateur qui était en chaire, un homme s’approcha avec un pieu, un autre avec le manche d’une croix pour l’assommer, mais on parvint à détourner les coups.
Le prêtre qui avait excité le tumulte sortit de sa briganderie, hors de sens, la tête nue, un épieu à la main, accompagné d’un autre homme aussi armé d’un épieu ; ils se jetèrent sur les évangéliques et auraient pu en blesser bon nombre, mais Dieu permit qu’on l’arrêtât et le repoussât dans sa caverne. La bataille continua, et c’est un vrai miracle qu’il n’y eût ni mort, ni blessé ; mais le Seigneur est si bon qu’il ne permit pas que les loups lui ravissent ses brebis.
Les évangéliques se plaignirent que les officiers de la princesse, qui auraient dû les protéger, les persécutaient ; le sautier de Boudry les avait frappés et insultés, il les appelait chiens, traîtres, cagnes. Ils avaient dû, pour être tranquilles, tenir leur culte à Trois-Rods ; ils espéraient que Messieurs les maîtres-bourgeois et le Conseil de Berne leur donneraient aide, conseil et protection.
Toutes les fois que Fabri passait par Pontareuse, le curé l’insultait, l’appelait banni, faussaire des Ecritures. Un jour que le curé l’interpellait ainsi de sa fenêtre, Fabri lui demanda de descendre, d’apporter une Bible et d’appeler un clerc pour lire la Bible ; il voulait montrer qu’il n’était point un faussaire d’Écritures. Gauthier répondit qu’il ne voulait pas discuter avec un banni.
Les esprits se calmèrent peu à peu ; l’Evangile triompha ; Gauthier se retira en 1535. Les habitants de Cortaillod offrirent à Fabri un logement, qu’à la sollicitation de Bôle il refusa. « J’ai, écrit-il à Farel le 10 mars 1535, cédé aux voues de mes paroissiens de Bôle, et refusé la maison qu‘on m’offrait à Cortaillod. »
Fabri, maître du terrain, se sentit libre de quitter cette paroisse ; il alla, à la fin de 1535 ou au commencement de 1536, rejoindre Farel à Genève.
Cette grande paroisse de Pontareuse se démembra peu à peu. C’est probablement en 1550 ou 1551 que Cortaillod obtint pour pasteur Hugues Gravier. Allant visiter sa famille dans le Maine, il fut saisi à Mâcon et accusé d’hérésie ; il confessa hautement sa foi et fut brûlé vif en janvier 1552, à Bourg en Bresse.

 
 
Guillaume Farel
   
 

Guillaume Farel

 
     
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