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Alphonse Bourquin à Boudry

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

Depuis des semaines on attendait celui qu'on appelait le commandant Bourquin. Il n'était bruit que de l'armée qu'il préparait dans les cantons de Vaud et de Genève. L’imagination populaire était montée à tel point qu’on accueillait sans sourciller les chiffres les plus invraisemblables, deux, trois mille hommes, avec du canon, même de la cavalerie depuis qu'il s'était emparé par surprise, le 13 septembre, comme l'on sait du château de Neuchâtel, malgré sa garnison commandée par M. le colonel de Pourtalès, malgré les armes de l'arsenal et son artillerie; on connaissait sa force herculéenne, son adresse dans le maniement des armes et on le croyait capable des coups d'audace les plus extraordinaires.Bourquin lui-même se flattait d'entraîner à sa suite une foule d'adhérents pour réparer son échec et sa capitulation devant les troupes fédérales, dont il semblait ne tenir plus aucun compte.
II n'y avait pourtant pas si longtemps que ces troupes d'occupation nous avaient quittés. Je vois encore ces soldats d'infanterie bernoise, aux uniformes bleu de ciel, aux larges buffleteries blanches, qui se réunissaient en compagnie chaque jour pour l'appel et pour quelques manœuvres et qui, lorsque le raisin fut mûr, eux qui n'avaient jamais vu de vignes, ne pouvaient résister à la séduction de ces belles grappes dorées qui brillaient au soleil entre les feuilles. Les brevards se déclarant impuissants à défendre la récolte contre ces étourneaux d'un nouveau genre, on transféra nos confédérés à la montagne et au Val-de-Travers jusqu'au moment où ils furent licenciés.
Dès lors, l'hiver était venu, avec ses loisirs et les longues veillées passées dans les cuisines, près du feu, ou dans les cabarets. Le vin nouveau, surtout l'absinthe qui fermentait, déliait les langues; les têtes s'échauffaient aux récits de ceux qui avaient pris leur part de l'expédition du château et qui désiraient reparaître en vainqueurs à Neuchâtel. Les projets les plus extravagants étaient émis, aussi bien dans le domaine militaire que dans celui plus ardu de l'organisation du pays et des changements à apporter dans le gouvernement et les attributions des communes. A peine se souvenait?on que, moins de deux ans auparavant, un phénomène extraordinaire, le lac gelé d'outre en outre, en février 1830, par un froid excessif, avait frappé les esprits et fait un nom à ceux qui l'avaient traversé, donnant ainsi une haute idée de leur audace.

Alphonse Bourquin à Boudry (suite2)

 
       
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