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Ancien hôpital

Nous reproduisons un dessin de M. O. Huguenin représentant l’ancien hôpital de Boudry, dont à la vérité les murs existent encore, mais que les réparations ont transformé de manière à le rendre méconnaissable. Dans l'origine, ce bâtiment, qui fut construit en 1613 sur terrain acheté par la Bourgeoisie de J. Barbier, ne contenait que l’un des deux fours banaux de la ville.
Il ne fut affecté à l’usage d’hôpital qu’à la fin du XVIIe siècle ou au commencement du XVIIIe siècle, et en 1674 l’hôpital était encore des plus primitifs, comme nous le voyons par l’extrait suivant des manuels de la Bourgeoisie : « Pierre Esmonet cordonnier a fait représenter que s’il plaisait à la Commune de lui laisser la conduite des pauvres pour le temps et terme de dix années pour et moyennant dix écus petits par chacun an pour ses peines avec un habit de la couleur de la ville. Et qu’à cette considération il ferait bâtir un couvert à ses frais pour y loger les pauvres en lui fournissant le bois nécessaire et une rente générale, toutes lesquelles choses ont été ainsi accordées au dit Esmonet en plein conseil de Commune le 1er janvier 1674. »
Ce n’est que lorsque la Bourgeoisie eut reconnu l’insuffisance de ce « couvert » en bois que l’hôpital fut transporté au premier étage de l’édifice. Le rez-de-chaussée était occupé par le four banal.
Il ne s’agit pas ici d’un hôpital dans le sens moderne du mot mais plutôt d’un asile pour héberger - et cela pour une nuit seulement à moins de cas exceptionnels - les voyageurs pauvres et les rôdeurs qui traversaient la ville au déclin du jour. On n’avait pas le cœur bien tendre à leur égard et le préposé de l’hôpital ou comme on disait alors « celui qui se prend garde des pauvres, » avait pour mission moins de les soigner que de les chasser au plus vite. En temps d’épidémie surtout les chasse-gueux balayaient de l’endroit et déversaient sur la Commune voisine tout ce qui leur paraissait suspect avec un louable et énergique empressement.
L’hospitalier était du reste astreint à cette ligne de conduite par le serment qu’il devait prêter en ces termes : « vous jurez et promettez à Dieu de vous prendre soigneusement garde de la conduite que font les pauvres dans l’hospital et de ne les y laisser coucher qu’une nuit à moins qu’il ne fit bien mauvais temps ou qu’ils fussent malades auquel cas les y laisserez jusqu’à ce que le temps sera remis et qu’ils pourront marcher, vous les ferez sortir incontinent sans support de qui que ce soit. Si vous trouvez quelqu’un fumant du tabac dans l’hospital le chasserez incontinent à moins qu’il ne soit sous la cheminée ou dans le poêle. Et si d’aucun commet du scandale ou ne veut obéir promptement le rapporterez incontinent aux sieurs maistres-bourgeois afin qu’on y mette ordre. Enfin ferez le tout en homme de bien et d’honneur. »
Outre son office de surveillant des rôdeurs et de chasse-gueux en chef, l’hospitalier remplissait généralement aussi celui de « directeur des pauvres », office qui avait quelque analogie avec celui de nos présidents des Chambres de charité. Dans cette capacité il délivrait les « passades » ou comme nous dirions aujourd’hui les « bons » pour les charités que faisait la Bourgeoisie à ses ressortissants pauvres.
Mais ces fonctions n’étaient pas sans difficultés et il arrivait fréquemment que l’hospitalier dût requérir la Bourgeoisie de lui prêter main forte ; ainsi, en 1720 elle déclara que « dans le cas ou quelqu’un vint à l’insulter dans cet emploi la Bourgeoisie lui tiendra mains pour les faire châtier exemplairement”.
L’ancien système de l’hôpital resta encore en vigueur pendant la première moitié de ce siècle, mais avec la marche des temps la gendarmerie prit à sa charge bon nombre de cas qui autrefois étaient du ressort de la police locale et l’hôpital tomba peu à peu en désuétude pour être définitivement fermé comme tel vers 1855.
En 1832 l’hôpital de Boudry eut un moment de gloire éphémère et faillit monter en grade dans l’échelle sociale. L’Hôtel-de-Ville qui était aussi le siège de la justice n’était alors qu'une masure à moitié en ruine.
Son état de vétusté et son exiguïté l’avaient rendu tout à fait insuffisant et cela d’autant plus que plusieurs juridictions avaient été réunies à celle de Boudry. On l’abattit donc ainsi que trois maisons adjacentes et on construisit l’Hôtel-de-Ville actuel. Mais avant d’en venir là il s’était formé un parti assez nombreux qui mit tout en œuvre pour que l’hôpital fût transformé en Hôtel-de-Ville. L’idée n’était pas mauvaise. Il aurait ainsi été situé sur la Place, au point de raccordement des deux rues principales de Boudry ; mais soit force de l’habitude, soit crainte des inondations de la Reuse, la Commission chargée des études, plans et devis, présidée par M. A.-L. Grellet, pasteur de Cortaillod, opina pour conserver l’ancien emplacement et ainsi fut fait.
La Place était comme qui dirait le forum de Boudry où les jeunes gens se rassemblaient tous les soirs pour deviser de choses et d’autres. Mais ils sembleraient souvent s’être occupés moins des intérêts de la chose publique que de petits cancans, car le long banc adossé à l’hôpital n’était connu que sous le nom peu flatteur pour ceux qui le fréquentaient de « banc des menteurs ».
Nous aimons à croire que ce n’était là qu’une calomnie ; peut-être même ce banc n’avait-il été nommé ainsi que par souvenir de l’ancien véritable banc ou tréteau des menteurs, calomniateurs et autres malfaiteurs, je veux parler du carcan qui se trouvait en cet endroit.

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