| |
|
|
LE GOUVERNEUR
DE PFUEL
ET
LES ÉVÉNEMENTS DE 1831*
Ce
voyage du général fut un véritable événement,
surtout pour les localités écartées, peu habituées
à recevoir la visite d’un haut personnage en brillant
uniforme.
Les populations de nos villages étaient généralement
convoquées à l’église où le commissaire
discutait d’une façon fort aimable avec les personnes qui
avaient des voues à émettre sur l’administration
du pays ou des demandes à lui présenter. Il ne pouvait
rien accorder, mais se bornait à faire espérer beaucoup
de choses de la bonté royale.
Comme il s’exprimait bien et en français très correct,
qu’il savait sourire et plaisanter même avec esprit, l’impression
qu’il laissait partout était excellente. Mais la diversité
des demandes dut lui faire comprendre vite que la transformation des
audiences en corps législatifs et l’émancipation
du pays préoccupaient modérément nos populations.
Aucune entente n’avait eu lieu à ce sujet entre les citoyens
des diverses parties du canton qui manquèrent, à ce moment,
la meilleure occasion de manifester leurs vœux politiques.
A Boudry,
le commissaire fit son entrée au milieu d’une haie formée
par les milices ; les enfants des écoles défilèrent
devant lui, en cortège, avec musique.
Puis il passa à l’église,
où eut lieu la conférence, et se rendit ensuite dans la
maison du pasteur Grellet
où était servi un banquet de cinquante couverts.
« Son Excellence et son aide de camp, disent les manuels de Boudry,
ont satisfait et captivé les cœurs de tous les assistants
par leur affabilité, leur gaieté et leur extrême
popularité. Les toasts ont été célébrés
avec joie et la plus grande allégresse, au bruit du canon. »
Les jeunes filles présentèrent des fleurs au général.
Le lien de sa serviette était formé d’un ruban sur
lequel étaient tracés des vers à son intention.
Un justicier, de remarquable corpulence, lui avait instamment réclamé
la liberté de la chasse. Le général, après
l’avoir écouté, lui demanda malicieusement s’il
était chasseur, ce qui amusa fort les assistants.
*
En septembre 1831, des patriotes, emmenés par Alphonse
Bourquin, lançaient une attaque contre le château
de Neuchâtel. Cette tentative de révolution échoua.
Les troupes fédérales occupèrent le pays pour le
pacifier et les royalistes reprirent la direction des affaires. Une
seconde tentative d’insurrection eut lieu en décembre de
la même année ; sans succès.
|