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Géographiquement, le canton de Genève n'a pris sa forme
définitive qu'autour de 1815. C'est à l'intérieur
des nouvelles limites que nous allons faire en quelque sorte l'inventaire
de nos richesses.
Une première promenade nous conduit sur la rive droite du lac.
Au sortir de Genève, le Jardin botanique. Il faut s'y arrêter
un instant, il a son histoire et son charme. Augustin-Pyramus de Candolle
le crée à la promenade des Bastions en 1817.
De 1905 à 1918, on transfert le Jardin dans une partie du vaste
domaine de l'Ariana, que Gustave Revillod a légué à
la ville. C'est l'emplacement actuel, que l'on va prochainement étendre
vers l'est grâce à une judicieuse acquisition. Du côté
du lac, la villa de La Console abrita les herbiers et la bibliothèque,
transférés en 1974 dans des bâtiments neufs, aménagés
rationnellement, à l'abri du feu, près du parc aux biches.
Herbiers et bibliothèque méritent une mention particulière.
Grâce à d'innombrables dons de collections privées,
on estime que le nombre de plantes séchées, en provenance
de toutes les parties du monde, dépasse cinq millions. Elles
sont l'objet de soins constants.
Quant à la bibliothèque, elle contient environ 60 000
livres de botanique, et un millier de périodiques permettant
de maintenir à jour la documentation de l'Institut. Il faut
citer un volume: la Flore du Mexique, illustrée par les «Dames
de Genève». En 1813, le botaniste Mocino, qui se croyait
expulsé à vie d'Espagne, fit don au professeur de Candolle
de sa merveilleuse collection de dessins de la flore Mexicaine.
Mais brusquement, Mocino apprit qu'il pouvait retourner en Espagne.
Il réclama sa collection. De Candolle en parla autour de lui
et quelques «Dames de Genève» décidèrent
de copier rapidement les planches. En quelques jours, les 939 planches
étaient finement reproduites et Mocino repartit avec sa précieuse
flore dans ses bagages.
Le jardin botanique est magnifique, ombragé par des arbres
plus que centenaires, en particulier une splendide allée de
platanes. Une vaste rocaille, que l'on visite par de nombreux petits
chemins qui donnent l'illusion de se promener en montagne, présente
une belle collection de plantes des massifs du monde entier. Une cascade,
des étangs, complètent ce paysage; on oublie qu'il est
entièrement artificiel.
Au fond du jardin, un parc aux biches attire de nombreux visiteurs.
Genève n'a jamais eu beaucoup de chance avec ses zoos. Pendant
longtemps, on a dû se contenter de
quelques aigles misérables, dans des cages près des
anciennes boucheries de Longemalle et de l'Ile. Il n'en reste que
l'image sur les écussons cantonaux! Il faut citer aussi deux
ou trois ours, d'abord en cage près de l'Hôtel de Ville,
puis dans une fosse à l'ouest de Cornavin. Ils devaient symboliser
notre bonne entente avec les Bernois. Mais ils devinrent méchants
(les ours) et il fallut les abattre.
Au-dessus du Jardin botanique, des avenues bordées d'arbres
et de haies, hantées par les oiseaux, abordent la commune de
PregnyChambésy. Deux villages, d'innombrables souvenirs. Par
exemple le château de Tournay, que le président de Brosses
vendit à Voltaire en 1758. Le patriarche ne fut pas ravi de
cette acquisition. Il écrit à un ami: «Le château
était une masure faite pour les hiboux, (...) un jardin où
il n'y avait que des colimaçons et des taupes, des vignes sans
raisin, des campagnes sans blé et des étables sans vaches.»
Enfoui dans la verdure, voici encore le château Rothschild.
Et à l'entrée du village de Pregny, comme pour jeter
une note plus sévère sur ces demeures riantes, l'Ile
Calvin. C'est là que le Réformateur venait se reposer
et méditer.
Plus près du lac, Bellevue, commune séparée de
Collex-Bossy et devenue autonome en 1855. Au départ, ni mairie,
ni argent. Mais grâce à la ténacité de
ses habitants, c'est aujourd'hui un vrai petit chef-lieu, avec ses
demeures bien groupées et, bientôt, sa vraie place publique.
Un port pittoresque que la baronne de Rothschild fit creuser pour
son yacht Gitana; il nous en reste Port-Gitana, but de promenade dominicale
des Genevois. On tente de sauver le vieux château de Genthod,
village plein de charme dont le nom est prononcé «Genthou»
par les initiés. Les ombres des De la Rive, des Gallatin, des
Picot, des de Sausssure y planent encore. Horace-Benedict de Saussure
éleva là sa fille Albertine, née en 1766, qui
épousa le financier Jacques Necker et devint ainsi la cousine
germaine et l'amie intime de Mme de Staél. Encore quelques
pas et nous entrons à Ver soix, dont l'histoire est mouvementée.
En 1589, les Genevois s'emparent de la petite cité fortifiée,
qui dépend du duc de Savoie, et emportent les canons qui avaient
été baptisés un peu trop tôt les «Clés
de Genève». Et en 1367, le duc de Choiseul, ministre
de Louis XV, décide sur l'instigation de Voltaire de creuser
un port et de construire une belle ville, pour concurrencer Genève.
La disgrâce de Choiseul, en 1770, mit fin à ce grand
projet II n'en reste que Port-Choiseul, récemment aménagé
pour amarrer les bateaux de plaisance.
Plus à l'est, solidement ancrée en terre vaudoise, l'enclave
de Céligny est accompagnée
de deux autres îlots, la Grande et la PetiteCoudre. C'est une
possession de l'évêque de Genève (1319) puis des
ducs de Savoie. Après d'innombrables disputes, le territoire
morcelé de Céligny fut rattaché à la République
de Genève en même temps que le Mandement de Peney, en
1536. L'histoire de Céligny est donc celle d'une très
lointaine et très ancienne amitié avec Genève.
Nous allons revenir par Collex-Bossy et ses vergers puis longeant
l'aéroport, gagner le Grand-Saconnex. C'est une petite ville,
aujourd'hui, avec sa vieille église et sa mairie installée
au bas d'un parc superbe. De nombreux fonctionnaires des organisations
internationales résident dans cette commune, proche de la plupart
des bâtiments où ils travaillent.
L'extrémité sud de la piste de l'Aéroport franchie,
c'est Meyrin. Deux chiffres: il y avait 3200 habitants dans cette
commune en 1960, et 14 250 en 1930. En dix ans, le village avait fait
place à une grande cité-satellite. Au début,
ce fut le chaos. Les nouveaux habitants, désemparés,
erraient dans les terrains bouleversés qui séparaient
les grands immeubles. On parlait alors de cité-dortoir. On
n'y entrait que pour dormir. Puis un centre commercial surgit, des
écoles bien aérées. Les anciennes sociétés
villageoises s'élargirent et accueillirent les nouveaux venus
qu'elles avaient d'abord considérés comme des intrus.
Quelques jolies fêtes ont rapproché les gens.
Vernier, commune voisine, a subi la même progression: 4000 habitants
en 1950, 8000 en 1960 et 22 250 en 1930. Pourtant, là, on est
moins frappé par l'aspect cité-dortoir. La croissance,
bien que rapide, s'est faite d'une manière plus dispersée,
et plus harmonieuse aussi. L'intégration s'est mieux réalisée,
peutêtre parce que les structures de base ont été
plus rapidement mises en place. Une superbe propriété
a été sauvée avec son parc, qui est devenue mairie
et îlot paisible, au coeur de la cité.
De Vernier, nous resterons sur la rive droite du Rhône pour
atteindre Satigny après avoir traversé la nouvelle zone
industrielle, en plein essor, qui jouxte le CERN et la route de Meyrin.
Satigny, c'est le début de la campagne, de la vigne, le centre
de la cave du Mandement
Tout alentour, de jolis villages paisibles, où les fermes cossues
alternent avec d'anciennes maisons de maître: Bourdigny, Choully,
Peissy, sur une crête, d'où la vue s'étend au
loin. A Peissy, un joli petit clocher est le seul survivant d'une
ancienne chapelle.
On descend au bord de l'Allondon, rivière encore sauvage qui
va rejoindre le Rhône après avoir traversé une
zone heureusement protégée. C'est le rendez-vous des
piqueniqueurs, le dimanche, et des pêcheurs, la semaine. L'entomologiste
découvre parfois une mante religieuse, et l'amateur de longues
promenades dispose de sentiers bien entretenus.
En particulier dans le vallon de la Roulave, silencieux, où
l'on découvre les grottes creusées dans la molasse à
la fin du siècle dernier, pour exploiter le bitume. Des ponts
de bois permettent de franchir la rivière, avant de rejoindre
la route de Dardagny.
Le château de Dardagny, bien restauré au cours de ces
dernières années, reçut Théophile Gautier
qui le prit pour modèle, dit-on, lorsqu'il décrivit
son célèbre château de la Misère, dans
Le Capitaine Fracasse. Aujourd'hui, la misère a disparu de
ce village, qui a conservé ses vignerons et son forgeron.
Un raccourci en forte pente, le chemin de la Donzelle, conduit à
La Plaine, zone indus trielle et derlière station suisse des
CFF. Nous avons laissé à notre gauche le village de
Russin, avec sa fête des vendanges.
Le Rhône traversé, on monte à Avully, village
ancien à côté duquel on vient d'édifier
une cité neuve. Plus bas, un tertre surmonté d'un peuplier
est le seul souvenir du puissant château d'Epeisses, hanté
par la vouivre, oiseau fabuleux.
Revenons sur nos pas pour franchir le vallon de l'Eau-morte, profond,
sombre. où survivent le renard et le blaireau. Et les premières
maisons de Cartigny apparaissent déjà. C'est là
que Bonivard avait son château, dont les ruines ont été
absorbées par l'érosion du Rhône. A Cartigny s'est
établi dans une maison ancienne le Centre de Rencontres, foyer
protestant accueillant, où se réunissent penseurs et
artistes.
En-dessous du village, au bord du Rhône, sous les falaises,
une vaste réserve naturelle: le Moulin de Vert. Des étangs
abritent les dernières tortues autochtones, les alluvions sont
sertis de plantes rares. Des règles sévères ont
été édictées pour que ce coin de nature
ne soit pas dégradé par l'homme.
Un clocher dépasse les arbres des vergers: Aire-la-Ville, qui
a retrouvé la joie de vivre depuis qu'une route de détournement
fait passer au large les innombrables camions des gravières
voisines. A l'entrée du village, en venant de Cartigny, le
moulin de la Rate, dont la vieille presse pour l'huile de noix a été
remise en service en 1932, après un long silence.
Une route rectiligne longeant les maisonnettes des Jardins familiaux
gagne Bernex. Là aussi, une route de détournement a
rendu la quiétude aux habitants. Au-dessus du village, une
colline: la seule «montagne» du canton, dont le versant
méridional est couvert de vignes qui donnent un vin blanc réputé:
l'Aligoté.
De Bernex, on gagne Confignon, village devenu une harmonieuse petite
cité, avec ses maisons basses, ses vieilles fermes rénovées.
Au centre, une très ancienne chapelle jouxte la cure où
l'abbé Pontverre accueillit le jeune Jean-Jacques Rousseau
qui fuyait Genève.
Notre promenade vers l'ouest nous fait traverser Lully, un village
où la légende dit que des cloches sont enfouies profondément
dans le sol. On a perdu tout espoir de les retrouver. des immeubles
ont été édifiés dessus - après
des fouilles vaines - en 1972.
Une bonne route encore, qui passe à côté de la
Pierre-de-Justice, nous conduit à Soral, célèbre
par son vin rouge. La vieille église a été restaurée
en 1973. Puis c'est Sézegnin, où l'on vous contera la
jolie histoire du Renfort envoyé à Genève ...
et qui arriva trop tard. Athénaz s'enorgueillit de ses pommes
de terre printanières, Avusy conserve quelques beaux murs de
l'antique château de Champlong, et c'est la descente vers Chancy,
la commune la plus occidentale de Suisse. Un grand village, qui vient
d'édifier une belle école avec piscine couverte. Les
sangliers des forêts voisines viennent presque sous les fenêtres
des fermes, gratter le sol à la recherche de nourriture.
Nous irons un peu flâner dans le vallon voisin de la Laire,
qu'amis de la nature et militaires se disputent, puis dans les grands
bois,
remis en valeur au cours des dernières années. Des sentiers
balisés le parcourent, depuis un parc central où l'on
peut laisser sa voiture et consulter un panneau qui indique toutes
les possibilités d'évasion.
La forêt genevoise - Chancy, Jussy, Versoix, - fut longtemps
négligée. Et durant la dernière guerre, on abattit
exagérément, sans replanter. Par une politique saine,
le département cantonal de l'intérieur et de l'agriculture
parvint à acquérir de grandes surfaces, et procéda
à un assainissement de nos bois. Travail de longue haleine,
qui n'est pas terminé aujourd'hui, mais qui permet déjà
d'apprécier de nombreux chemins et sentiers dans des forêts
restaurées. Le pin, le chêne, le charme dominent et créent
des ombrages agréables.
Un retour en zig-zag nous fait traverser Laconnex, fier de son ancienne
maison forte et de ses rues qui ont reçu, chacune, une dénomination
pittoresque. Puis Certoux, où se dressent les deux plus grands
ormeaux du canton, et Perly avec son église et son école
neuves, village frontière où le trafic est incessant.
Une petite route monte à Bardonnex, avec sa grande tuilerie,
et l'on s'arrêtera un instant à la Commanderie de Compesières.
L'évêque de Genève, Aimon de Menthonnex, donna
l'église en 1230 à l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de
Jérusalem, appelé aussi ordre de Malte depuis que Charles
Quint, en 1530, leur céda l'île du même nom.
C'est une très belle et très longue épopée
de la charité, qui est résumée dans le petit
musée de la vénérable Commanderie, qui fut restaurée
en 1955, puis tout récemment encore pour mettre en valeur les
riches plafonds peints du second étage. L'église voisine,
reconstruite en 1835, fut aussi restaurée en 1955. Son plafond
à caissons peints est remarquable.
En passant à côté du chêne de Calvin - on
dit que le Réformateur vint méditer à son ombre
- on entre dans Landecy, peut-être le plus beau village du canton.
Des cours de fermes anciennes, des fontaines, une très curieuse
vieille forge constituent une rare unité. Des mesures ont été
prises pour que rien ne vienne altérer ce joyau. Une petite
route traverse la Croix-de-Rozon, et aborde Troinex où les
vieilles maisons du centre du village, formant la Grand-Cour, ont
été restaurées avec soin. Derrière Tminex,
on a découvert un curieux monument, la Pierreaux-Dames, tombeau
antique. La partie principale a été transportée
au Musée d'Art et d'Histoire, tandis que sur les pierres restantes,
des plaques de cuivre discrètes rappellent l'emplacement de
ce mausolée.
En flânant par Saconnex d'Arve - dominé par une curieuse
tour - et Arare, on débouche sur Plan-les-Ouates, village en
pleine expansion où les milices genevoises allaient autrefois
camper et s'exercer. On fait alors un détour par les terres
maraîchères de la plaine de l'Aire pour jeter un coup
d'oeil à la mairie d'Onex, installée dans la belle maison
de Gaudy-le-Fort, marchand grognon auteur des délicieuses Promenades
historiques dans le canton de Genève, vers 1840.
Puis c'est le Petit-Lancy avec son tout récent et discret parc
Chuit, et, l'Aire à nouveau franchie - on a trouvé du
gypse en fer de lance dans ses falaises - le Grand-Lancy. II y eut
là un noble turbulent, Jean de Lancy, qui s'en vint tout seul
dans la nuit du 7 décembre 1464, clouer une déclaration
de guerre contre une porte de Genève!
Une étape s'impose à Carouge, seconde ville du canton,
qui a su allier l'ancien et le nouveau. On se balade avec délices
sous les platanes de la place du Marché, qui forment une grande
voûte, et dans les ruelles où subsistent de nombreux
artisans. Carouge fut longtemps une épine dans le pied de Genève.
Cette petite cité catholique si proche de la grande ville protestante
se permettait toutes les insolences. Et attirait à elle les
Genevois qui voulaient échapper un instant à l'austérité
imposée par le Consistoire. Longtemps
village, Carouge devint ville en 1 786 par la grâce du roi de
Sardaigne. Des plans magnifiques avaient même été
établis pour en faire une grande capitale - et une rivale de
Genève, comme Versoix - mais très vite l'argent manqua.
Seule l'église fut terminée, et le Palais royal, jamais
achevé, devint filature. On devine encore, en parcourant certaines
rues, le plan qui avait été dessiné.
Le plateau de Pinchat escaladé, on traverse celui de Vessy
d'où le regard plonge sur le Bout-du-Monde, presqu'île
découpée par l'Arve et occupée par d'importantes
installations sportives. Le clocher de Veyrier se profile contre le
Salève. Par Villette, joli hameau, on atteint Thônex,
Chêne-Bourg et ChêneBougeries, trois communes qui autrefois
n'en formaient qu'une.
Et c'est à nouveau la campagne avec Puplinge, en pleine expansion.
Près du village, au bord de la Seymaz, on édifie la
future prison cantonale entourée de hauts murs de béton.
L'Abbaye rappelle d'anciennes possessions du monastère d'Abondance
et Presinge, village voisin, possède une ravissante église.
C'est une région bocagère, les haies y sont encore nombreuses,
de belles propriétés s'étendent jusqu'au hameau
de Cara, où une mosaïque romaine à été
sortie d'un champ.
A la limite des grands bois, voici Jussy, ancien mandement genevois,
avec le château de Crest, construit par le poète huguenot
Agrippa d'Aubigné. Le petit temple vient de faire l'objet de
fouilles archéologiques fructueuses. La forêt traversée,
on atteint Monniaz, le hameau le plus haut du canton: 516 mètres!
De Jussy, par de minuscules hameaux pittoresques: les Beillans, les
Cabrits, les Peutets, on découvre Gy, commune exiguë qui
possède un temple portant les armoiries de Genève datées
de 1609. Les Gytans - c'est leur nom - sont fiers de leur village
et la fête annuelle des Pompiers attire la toute grande foule.
Près de Gy, le domaine de Merlinge où réside
la reine Marie-José d'Italie, puis le grand village de Meinier
qui a passé de 600 à 1300 habitants en dix ans. Carre-d'Amont
et Carre-d'Aval dominent les vignes orientées au levant, tandis
que Choulex et Chevrier sont tournés vers les cultures maraîchères.
Par de belles allées bordées de chênes, on arrive
à Vandoeuvres, village ancien doté d'un ravissant petit
temple.
Cologny, où le poète Byron séjourna, est tourné
vers le lac qu'il domine de ses maisons cossues. Puis, en longeant
le coteau, on découvre Vesenaz, carrefour important et, tout
près, la petite réserve naturelle de la Pointe-à-la-Bise,
au bord de l'eau, qui comprend une intéressante surface de
roseaux.
Collonge-Bellerive, un village, un port, un château et de petites
plages discrètes, précède Corsier et Anières,
communes paisibles qui tentent de conserver leur cachet. Et dernière
étape, voici Hermance avec sa tour, ses ruelles pittoresques
et son histoire mouvementée, faite de disputes, de tiraillements
entre Genève et la Savoie. Au temps des galères, on
avait établi là un important chantier naval.
Après ce tour, complet mais rapide du canton, faisons ensemble
une balade en ville. Nous allons partir du Bourg-de-Four, la place
la plus ancienne, ornée d'une belle fontaine du 18e siècle,
entourée de maisons vénérables. Au nord, l'église
luthérienne, bâtiment harmonieux, au levant le Palais
de Justice remplace l'ancien couvent des Clarisses, qui quittèrent
la ville le 29 août 1535. Au couchant, un curieux escalier,
les Degrés-dePoules, permet d'accéder à la Cathédrale.
Suivons la rue de l'Hôtel de Ville, qui conduit à cet
édifice protégé par la tour Baudet, construite
en 1455. Il faut escalader la curieuse rampe pavée, lever le
nez vers les clés de voûte du portique, ornées
de sculptures. On vous ouvrira aussi volontiers la porte de la salle
de l'Alabama où la Convention de Genève, ou Convention
de la Croix-Rouge, fut signée le 22 août 1864.
En face de l'Hôtel de Ville s'élève l'Ancien Arsenal,
qui protège les vieux canons volés par les Autrichiens
en 1814, restitués plus tard. Et au premier étage, les
locaux des Archives d'Etat, avec salle de consultation largement ouverte
au public. Les plus anciens documents datent du l 0e siècle,
et les extraordinaires richesses des archives couvrent plus de cinq
kilomètres de rayons.
A côté de l'Ancien Arsenal, rue du PuitsSaint-Pierre,
se dresse la plus ancienne demeure genevoise, la maison Tavel. Elle
existait vraisemblablement avant le grand incendie de 1334, et fut
reconstruite sitôt après. Des fouilles sont en cours
dans les soussols, pour essayer de dater les murs les plus âgés.
Par la petite rue du Soleil-Levant, on débouche sur la Cour
Saint-Pierre, devant la Cathédrale.
Beaucoup de souvenirs, là, derrière ces façades
un peu sévères. Quant à la Cathédrale,
qui succéda à des sanctuaires romains, elle fut construite
dès 1210, pour être achevée en 1232.
Il faut en examiner les chapiteaux, les chapelles, les très
belles stalles, et escalader la tour nord d'où l'on domine
Genève. Vous aurez peut-être la chance d'entendre le
carillon, dont les notes semblent sautiller joyeusement sur les vieux
toits.
En repassant à côté de l'Hôtel de Ville,
on voit la rue des Granges avec ses grands hôtels particuliers
dont les terrasses dominent la Place Neuve, et l'église Saint-Germain,
qui date de 1218 et constitue encore le seul lieu de culte des Vieux-Catholiques,
ou Catholiques libéraux, détachés de Rome en
1873.
Un porche s'ouvre sur la Promenade de la Treille, chère aux
vieux Genevois. Un îlot paisible, où le Sautier de la
République vient chaque jour, au printemps, surveiller l'éclosion
de la première feuille de marronnier. Sitôt qu'elle est
née, il en informe les autorités, la presse, et consigne
l'événement dans un registre.
En-dessous de la Treille, les Bastions, grand jardin entourant l'Université.
Les pigeons se posent avec insolence sur les bustes des hommes célèbres
mais oubliés et des nuées de touristes viennent tout
au long de l'année contempler le Monument de la Réformation.
Un mur immense, auquel sont adossés les principaux Réformateurs.
C'est aux Bastions aussi que, chaque printemps, une exposition d'aviculture
est organisée avec un succès sans cesse croissant.
La Place Neuve, dominée par la statue équestre du général
Dufour, est entourée par le Musée Rath, le Grand Théâtre,
le Conservatoire de Musique; elle constitue donc le coeur artistique
de Genève. On regagne le centre de la ville par la Corraterie,
en longeant les façades harmonieuses des immeubles édifiés
vers 1830. En face, la maison - reconstruite - de dame Piaget qui
barra le chemin aux Savoyards lors de l'Escalade de 1602, et un peu
plus bas, l'emplacement de la Monnaie où la Mère Royaume
jeta, dans les mêmes circonstances, sa célèbre
marmite sur la tête d'un ennemi. Par les rues Basses, on parvient
à la Fusterie avec son vieux temple, puis au Molard, qui fut
longtemps le haut lieu de la vie publique.
Il subsiste la vieille tour, mais l'auberge de la Rose d'Or a disparu.
C'est là que fut arrêté
Michel Servet. C'est là aussi que François Bonivard
et Clément Marot furent «pincés» alors qu'ils
jouaient aux dés, distraction formellement interdite par Calvin.
Au centre de la place, le marché aux fleurs jette une note
colorée. Aujourd'hui, la place est fermée à la
circulation et a retrouvé son charme d'antan.
Quelques pas encore, et c'est la place Longemalle, un peu plus malmenée
par les constructeurs. Elle débouche sur le pont du MontBlanc.
A gauche, la ravissante Ile Rousseau, avec la statue pensive du Citoyen
de Genève, à droite, la Rade et le Jet d'eau qu'il faut
admirer depuis les bancs du Jardin Anglais. Après avoir salué
le Monument National, qui commémore l'entrée de Genève
dans la Confédération, en 1814, on va regarder l'heure
à l'Horloge fleurie.
Si nous longeons le quai Gustave-Ador, avec toute sa petite batellerie,
nous arrivons bientôt au parc La Grange, légué
à la ville par William Favre en 1918. C'est là que se
déroule chaque année le Concours International des roses
nouvelles, et que les Genevois vont admirer et humer les milliers
de fleurs de la grande Roseraie.
Sitôt après, contigu, le parc des Eaux-Vives, qui fut
un étrange luna-park avant d'être acheté par une
souscription publique en 1913. Sur l'autre rive du lac, d'autres parcs
méritent une flânerie: Mon Repos et ses écureuils,
Moynier et le souvenir de l'ancien Logis-Neuf de Sécheron où
descendirent des hôtes illustres, Bartholoni et son curieux
Musée d'histoire des sciences, dominant la Perle du Lac. Puis
c'est le parc Barton, avec ses arbres immenses, avant d'arriver au
BIT (Bureau international du Travail) dont les jardins sont aussi
ouverts au public.
Toujours sur la rive droite, les quais s'étendent à
l'infini, devant le quartier des Pâquis. On s'arrête un
instant devant le curieux mausolée du duc de Brunswick, mort
en 1833, qui légua sa fortune à la Ville. Le carrefour
du Mont-Blanc traversé, on s'arrêtera un instant sur
la petite place Chevelu, avant de visiter le quartier tout proche
de Saint-Gervais. Le «faubourg» comme on l'a appelé
longtemps.
Au centre, la vieille église dont le clocher date de 1435.
Une crypte carolingienne contient les souvenirs de l'Escalade, et
la fontaine adossée à l'édifice est encore entourée
des anciens seaux que l'on passait de mains en mains lors des incendies.
Un nouveau quai inauguré en 1934 permet de longer le Rhône
jusqu'au ravissant jardin archéologique de Saint-Jean, établi
récemment sur les fouilles d'un ancien prieuré. Et nous
sommes à la Jonction, quartier disparate, qui possède
cependant un joli quai fleuri le long de l'Arve, auquel on vient de
donner le nom d'Ernest Ansermet.
En revenant par Plainpalais, on traverse la grande plaine historique
où les troupes genevoises étaient passées en
revue, avant de gagner, par le boulevard des Philosophes, le quartier
de Champel et son ravissant parc Bertrand. Puis, pour avoir fait -
trop vite - le tour complet de la ville, on ira se balader encore
un peu dans les vieilles rues des Eaux-Vives.
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