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L’ASILE DE PONTAREUSE

     
L’asile de Pontareuse a été ouvert dans le courant de 1897. Le voyageur que le train emmène entre Bevaix et Boudry aperçoit à égale distance entre ces deux stations, à l’est des pavillons blancs de l’hospice cantonal de Perreux, une maisonnette aux volets blancs et bleus. C’est l’asile de Pontareuse, admirablement situé dans la verdure, au pied même des grandes forêts de sapins de la montagne de Boudry. Le domaine - ancienne métairie Amiet - est d’une contenance d’environ quinze hectares avec deux bâtiments de ferme. Le plus grand, complètement restauré, contient une dizaine de lits (dans cinq chambres), la grange et l’écurie occupées par cinq vaches et un cheval. L’autre bâtiment - inutilisé jusqu’ici faute des ressources nécessaires - est destiné surtout à des ateliers et à une chambre de bains. Enfin la nouvelle maison renferme, outre le logement du directeur, la cuisine, une grande salle à manger et des chambres à coucher pour dix à douze pensionnaires. Des sous-sols très éclairés pourront aussi être utilisés comme ateliers.
L’asile possède en abondance de l’excellente eau de source. Le traitement suivi dans l’asile n’est pas compliqué et se résume en deux mots : l’abstinence et le travail. Tout le monde dans la maison, personnel et pensionnaires, est abstinent ; il n’y entre pas une goutte de boisson alcoolique quelconque. Le travail est essentiellement ce-lui de la campagne ; les pensionnaires s’y livrent avec plaisir, chacun selon ses forces. Pendant la mauvaise saison et les jours de pluie, de petits travaux manuels, vannerie, confection de paillassons, etc..., sont un précieux passe-temps.
Le principe qui est à la base du traitement dans son ensemble est la liberté. Aucun pensionnaire n’est admis contre son gré. Celui qui veut entrer dans l’asile, doit s’engager par écrit à y rester volontairement un temps déterminé fixé dans chaque cas par le comité, en se soumettant aux règles et à la discipline de la maison. Ce temps ne doit pas être inférieur à six mois.
Une fois entré dans ces conditions, le pensionnaire est absolument libre, dans toute l’étendue du domaine et de son voisinage immédiat. S’il quittait l’asile pour rentrer chez lui sans autorisation, il serait simplement porté au rôle des sorties. Cette autorisation ne peut être donnée que dans des circonstances très spéciales, telles qu’un deuil, la maladie d’un membre de la famille et d’autres dont le comité seul est juge.
Pontareuse n’a donc rien, on ne saurait trop le répéter, d’une maison de correction ou d’un asile d’aliénés. C’est un établissement de cure où un séjour n’a vraiment rien de désagréable. En dehors des heures de travail, les pensionnaires sont libres de faire ce qu’il leur plaît. Une bibliothèque, modeste encore, mais qui s’accroît chaque jour de généreux dons, et des journaux quotidiens et hebdomadaires envoyés à titre gracieux par les éditeurs, sont à leur disposition. Le dimanche ils font, quand le temps est beau, des promenades aux environs avec le directeur
Avant de terminer ce rapide exposé, disons quelques mots de la manière dont l’asile a pu se fonder, au point de vue financier. Un certain nombre de personnes généreuses du canton ont formé une société au capital de fr. 80.000.-, répartis en cent soixante actions de fr. 500.- chacune, la Société de la métairie Amiet, qui a acheté le domaine, réparé l’ancienne ferme, construit la nouvelle maison et fourni les fonds nécessaires à l’achat du mobilier et du bétail. Cela fait, elle loue le tout au modeste intérêt de 3 % à la Société de l’Asile de Pontareuse, formée, nous l’avons déjà dit, sous les auspices de la Ligue neuchâteloise contre l’alcoolisme et administrée par un comité de dix-sept membres. Est membre de la société toute personne qui paie une cotisation annuelle de cinq francs. Le taux très modique des pensions payées par les pensionnaires ne permettant malheureusement pas d’équilibrer les dépenses par les recettes, le Grand Conseil a bien voulu venir en aide à l’asile. Il lui a assuré chaque année, jusqu’à concurrence de fr. 5.000.-, la somme nécessaire pour combler ses déficits, somme qui sera prélevée sur la dîme de l’alcool.


 
  asile Pontareuse