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LES MILICES DE BOUDRY AU XVIIIe SIÈCLE

     



Les milices de Boudry se composaient au siècle passé de deux compagnies de fusiliers dont l’une était complétée pour les jours de revue par des soldats de Cortaillod. Chacune de ces compagnies comptait dans ses rangs douze grenadiers, choisis parmi les hommes de haute stature de la ville. Il en était de même pour les autres compagnies du département militaire dont faisait partie la milice de Boudry. Toutes les années les troupes de ce département étaient passées en revue par un inspecteur militaire délégué par l’Etat. L’uniforme des fusiliers neuchâtelois de cette époque était très brillant. Ils portaient des habits bleu de roi à longues basques, des culottes rouge écarlate et des guêtres noires montant jusqu’au genou. Ils étaient coiffés de tricornes à la cocarde jaune et rouge, couleurs nationales de la principauté. Les grenadiers avaient le même uniforme, avec cette différence qu’ils portaient en plus des épaulettes en laine rouge et avaient pour coiffures de hauts bonnets en peau d’ours. Les capitaines étaient munis de longues lances de huit pieds de longueur, nommées espontons, dont ils se servaient pour incliner les canons des fusils, afin d’empêcher les soldats de tirer trop haut. Les sergents portaient une hallebarde avec laquelle ils alignaient leurs hommes. Les soldats, armés de fusils à baïonnette, n’avaient pas de sabre, ceux-ci étant réservés aux officiers et aux sous-officiers. Les miliciens, équipés à leurs frais, étaient astreints à six jours d’exercices par an ; c’était le dimanche qu’avaient lieu ces exercices, auxquels devaient participer tous les Neuchâtelois, de dix-huit ans jusqu’à cinquante, de sorte qu’il arrivait souvent que le père se trouvait sous les armes en même temps que son fils.
En 1707, le contingent de Boudry est armé de fusil à baïonnette. Ces nouvelles armes étaient faites en partie en bois et en partie en fer. Elles furent payées par la bourgeoisie avec une fraction du produit de ses enchères de foin. Le 4 juillet 1707, on a ordonné aux sieurs maistres-bourgeois de prendre la somme de 248 livres 5 gros 3 deniers, provenant de la monte de l’herbe des Sauges de cette année, pour payer les baïonnettes. Le 17 du même mois on décide de donner aux fusiliers des baïonnettes en fer. La bourgeoisie payait l’instructeur chargé d’enseigner l’exercice à ses miliciens.
Le 17 juin 1708, on a accordé 10 livres à Antoine Martenet, pour la peine qu’il a eue l’an passé de commander l’exercice. Cette même bourgeoisie donnait aussi des gratifications aux anciens tambours qui apprenaient à battre la caisse aux enfants de la ville. Le 16 décembre 1708, le sieur David Gorgerat prie (la bourgeoisie) de donner quelque chose à Jean-Jacques Verdonnet qui apprend à battre la caisse à son fils. Il s’est passé qu’on lui accorde un ou deux pieds de bois (un ou deux sapins).
Louis XIV avait ressenti un vil déplaisir, en apprenant que la souveraineté de Neuchâtel avait été adjugée à la maison de Brandebourg, et, n’écoutant que son ressentiment, il envoya une armée pour menacer la frontière. En présence de ce danger, les milices du pays furent enrégimentées et LL. EE. de Berne envoyèrent aussitôt quatre régiments au secours des Neuchâtelois. Des signaux furent établis par ordre du gouvernement, et Boudry en ayant un dans son voisinage, on convint de le faire garder par des soldats de cette localité et des villages voisins.
Le 30 novembre 1707, les sieurs maistres-bourgeois ont représenté que le signal étant construit il s’agissait d’établir des gardes ; il s’est passé qu’on commandera quatre hommes pour 24 heures, Boudry le gardera pendant quinze jours et ainsi consécutivement toutes les communautés qui devront contribuer à sa garde. Le capitaine Grellet, de Boudry, avec une compagnie composée de soldats de cette ville, fut chargé d’occuper la Chaux-du-Milieu, « la Chaux du Mitant « comme l’on nommait alors ce village. D’autres bourgeois de Boudry, faisant partie d’une compagnie de fusiliers commandée par le capitaine Chaillet, la commune décida de les faire remplacer par des miliciens non-bourgeois.
Le 19 février 1708 en bourgeoisie, il s’est passé que les habitants (non-bourgeois), doivent aller rechanger les soldats qui sont dans la compagnie de Mr le capitaine Chaillet, et ceux qui ne voudront pas aller devront trouver un homme pour les remplacer, ou bien on les fera sortir du lieu promptement ; ils partiront mardi matin. Dans cette même séance, on exempte les bourgeois de garder la ville pendant la nuit ; dorénavant on fera la garde dès quatre heures du matin jusqu’à huit heures du soir, ceux qui seront relevés le soir fermeront la porte (de la ville), et ceux qui les remplaceront le matin l’ouvriront. Pendant que les soldats de Boudry étaient aux avant-postes, cinq compagnies bernoises, sous les ordres du colonel de Willading, étaient entrées dans cette ville et y restèrent du 13 janvier au 20 du même mois. Elles furent remplacées par une autre compagnie bernoise, du régiment du colonel de May. Arrivés le 25 janvier, ces nouveaux soldats séjournèrent à Boudry jusqu’au 6 avril. Le colonel de May reçut l’hospitalité chez son compatriote, le baron de Bondely, ancien bailli d’Aubonne, qui avait déjà logé le colonel de Willading. Comme l’on était encore en hiver, la bourgeoisie eut la gracieuseté de faire chauffer à ses frais l’appartement que le colonel de May occupait chez M. de Bondely.
Le 26 février 1708, il s’est passé que la ville fournira le bois à M, le colonel May qui va loger chez Mr le bailli Bondely, et toutes les autres choses qui lui seront nécessaires, après ce que mon dit sieur bailli Bondely lui fournira. A leur départ les deux officiers bernois reçurent chacun une attestation de la commune. Voici celle qui fut délivrée à M. de Willading.
Le 22 janvier 1708, nous, les maistres-bourgeois et le corps de bourgeoisie assemblés dans la ville de Boudry, certifions et attestons, que M, le colonel Willading avec cinq compagnies de son régiment sont arrivés dans cette ville le 13 de ce mois de janvier, et y ont séjourné jusqu’au 20 du dit mois, pendant lequel temps, mon dit seigneur colonel, messieurs ses officiers et toutes ses troupes se sont comportés d’une manière si obligeante et si agréable, que nous avons eu bien de la satisfaction et du contentement. De sorte que leur bonne conduite nous a déterminés de leur accorder la présente attestation signée par notre secrétaire de ville et munie de notre sceau ordinaire.
Fait au dit Boudry, ce vingt-deuxième janvier mil sept cent huit.
A. VERDONNET
Pour faire échange de politesse les colonels donnèrent aussi des attestations à la bourgeoisie ; comme ces certificats se ressemblent je ne citerai que celui du colonel de May :
« Nous, soussigné colonel d’un régiment de fusiliers pour LL. EE. de Berne, certifions qu’une compagnie de mon régiment a logé à Boudry dans la souveraineté de Neufchastel, où les logements, vivres et ustensiles nous ont été fournis suivant les ordres et les règlements faits par S. E. Mr le comte de Metternich à notre grand contentement.
Signé MAY, muni de son sceau.

Le conflit avec la France s’étant heureusement terminé, les soldats bernois furent rappelés dans leur canton ; les miliciens de Boudry rentrèrent aussi dans leurs foyers. En 1711 eut lieu une grande revue et les inspecteurs militaires furent défrayés par la bourgeoisie.
Le 22 février 1711, Mrs Brun, Tribolet, inspecteur général, Chambrier, lieutenant-colonel, Royer, major, le secrétaire d’estat et Vuavra, messager, demandent à la ville 79 livres 10 gros 6 deniers pour leurs journées d’être venus passer en revue les milices.
Ces revues se faisaient dans le pré des Esserts au nord-est de la ville de Boudry, mais les arbres fruitiers plantés avec profusion dans cette prairie, ayant fini par obstruer la place d’exercice, ces solennités militaires eurent lieu ensuite dans les champs situés près du gibet dans la direction de Bevaix, et quelquefois aussi dans la plaine des Prés d’Areuse.
En 1712, éclate la guerre du Toggenbourg et les Neuchâtelois, sous les ordres du colonel Petitpierre, vont porter secours aux Bernois.
Un bon nombre de miliciens des compagnies de Boudry, de Cortaillod et des autres localités du Vignoble prennent part à cette lutte, et le Conseil d’Etat engage la commune de Boudry à donner une gratification aux soldats qu’elle a mis sur pied. Le 5 juillet 1712, ensuite d’un arrêt de Mess du Conseil d’Estat et sur les exhortations faites par Mr Pury, notre Châtelain, il s’est passé que la bourgeoisie payera à chaque bourgeois qui sont à la guerre pour LL. EE. de Berne, quinze batz par semaine qu’ils auront été dans ce service, et à chaque habitant (non bourgeois) qui sont au dit service, sept batz et demi par semaine, et que les sieurs maistres-bourgeois feront contribuer les autres habitants (non bourgeois) qui sont dans Boudry pour payer ceux qui sont au service.
Cette guerre se prolongeant, la bourgeoisie, réunie le 24 juillet 1712, prie M. le lieutenant Amyet et l’un de ses maistres-bourgeois, « d’aller en Conseil d’Estat pour tâcher d’obtenir d’envoyer des autres hommes de Boudry, pour rechanger ceux du dit Boudry qui sont à la guerre pour LL. EE. de Berne. »
Le capitaine Marc Humbert-Menta de Cortaillod, fut tué à la bataille de Vilmergen.
Des soldats de Boudry y furent blessés et une quête fut organisée en leur faveur. Le 30 septembre 1712, Jean-Frédrich Barbier ayant été blessé à la bataille de Vilmergen, a prié la bourgeoisie qu’elle lui donne, ce que la ville trouvera à propos de l’argent de la collecte faite dans Boudry, puisqu’elle est destinée pour les blessés ; les sieurs maistres-bourgeois lui en donnèrent vingt Livres faibles.
L’année suivante, un soldat tombé malade pendant la guerre et qui avait été obligé de revenir à Boudry, fait aussi des réclamations. A l’assemblée du 29 février 1713, le nommé Daniel Esmonet représente qu’étant à la guerre de Vilmergen, il fut obligé de s’en venir quinze jours avant les autres troupes, à cause d’une sciatique qu’il avait, et comme les sieurs maistres-bourgeois de 1712 ne veulent pas lui payer de solde pour ces quinze jours, il prie qu’on lui en fasse droit.
Il s’est passé que les sieurs maistres-bourgeois lui payeront cette solde comme aux autres soldats de Boudry.
Vers la fin de l’année 1714, une revue d’armes devant avoir lieu, les maistres-bourgeois de Boudry l’annoncent dans le conseil de bourgeoisie, et font prendre des dispositions à l’assemblée à son sujet.
Le 20 novembre 1714, les sieurs maistres-bourgeois ont représenté que M, le commandant viendra vendredi faire revue d’armes, et que les communautés de la Côte, Colombier et Cortaillod se veulent joindre pour lui donner à dîner, ainsi qu’à sa suite, au château de Colombier ; ils demandent si on veut se joindre à eux pour ce sujet.
Il s’est passé qu’on se joint avec les dites communautés pour payer notre contingent du dit traitement et que les sieurs maistres-bourgeois nommeront quatre cavaliers pour aller au devant de Sa Grandeur (l’inspecteur militaire) jusqu’à Neufchastel, lesquels auront 12 batz chacun, et qu’on conviendra avec les autres communautés, combien de personnes nous auront à dîner avec ces messieurs.
Il s’est passé que M, le lieutenant Amyet avec les deux capitaines, deux lieutenants, quatre enseignes, quatre sergents, le capitaine d’armes et quatre tambours peuvent dépenser chacun six batz le jour de la revue d’armes.
Il s’est passé que les sieurs maistres-bourgeois feront marché avec deux chapeliers pour éplatiner et remettre en bon état tous les chapeaux des soldats de Boudry, et qu’on leur achètera à chacun un galon d’argent faux, sur quoi Abram et Esaye Gorgerat se sont offerts de les rebassiner et mettre en état pour dix batz la douzaine de chapeaux avec 1 livre de couperose et ½ livre de bois d’Inde pour le tout, on les a ainsi acceptés et fait le dit marché, mais on a réservé que ceux qui n’auront pas de belles armes bien nettoyées ; n’auront ni poudre ni galons.
Il s’est passé que le maitre-bourgeois en chef portera le banner (bannière) avec l’autre drapeau neuf à la seconde compagnie, et que deux hommes porteront les épées nues comme du passé.
Après le récit de cette revue les procès-verbaux de la commune de Boudry n’offrent plus rien d’intéressant sur le sujet qui nous occupe ; cependant, à la date du 19 septembre 1723, on lit encore les lignes suivantes qui ne manquent pas d’une certaine originalité :
En bourgeoisie, sur la représentation des 4 grenadiers qui occupaient le premier rang, le jour de la revue, on leur a accordé les 22 batz qu’ils ont demandés, tant pour leurs bonnets (en peau d’ours) que pour leur dépense. » Les grenadiers étant obligés de faire à leurs frais l’achat de leur coûteuse coiffure, l’on n’est pas étonné de voir la bourgeoisie leur accorder quelque argent en compensation.
Plus tard les communes prirent cette dépense à leur charge.


 
 
officier de Boudry portant l'esponton
   
       
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