Dans cette même séance, on fait lecture d’un
mémoire dans lequel est raconté « ce qui
s’est passé à hôtel-de-ville de Neufchâtel
; la conduite que le sieur Matthey a tenue », et comment
ce personnage refusa « hautement, d’aller faire
sa cour à Son Excellence Monseigneur le comte de Metternich,
à qui tous les autres députés furent faire
la révérence ». La lecture de ce mémoire
terminée, Moise Matthey, présent à la séance,
est invité à sortir de la salle avec tous ses
parents ; puis l’on vote à une grande majorité
son expulsion de la bourgeoisie, « pour lui et les siens
à perpétuité ». On le fait ensuite
rentrer dans la salle pour lui notifier le résultat du
vote. Il prend la chose en philosophe, se bornant à demander
une copie du réquisitoire dirigé contre sa personne
; comme il n’y a pas d’opposition, on lui promet
la livraison de ce document dans la huitaine.
Après avoir été si cavalièrement
retranché dans la bourgeoisie, Moïse Matthey ne
se tient cependant pas pour battu, et le 15 novembre il sollicite
déjà pour être réintégré
dans sa condition de bourgeois, et il proteste énergiquement
contre son exclusion de la corporation « ayant fait tout
ce qui lui a été possible pour le bien et l’avantage
de la bourgeoisie, et pour la bienveillance de tous ceux qui
la composent ».
Le 21, les maître-bourgeois refusent de le réintégrer
et tiennent sa protestation pour nulle, ajoutant : « On
a fait tout ce que l’on pouvait, et ce qu’on était
en droit de faire, puisque sa lettre de bourgeoisie porte qu’il
se doit comporter comme l’un de nous, ce qu’il n’a
point fait », etc...
Malgré ce refus catégorique, il ne perd pas encore
courage et demande de nouveau à jouir comme auparavant
de ses droits de communier. Mais cette fois il a plus de chance
de réussir, car ses réclamations sont chaudement
appuyées par Son. Excellence Monseigneur le comte de
Metternich et même par le Conseil d’Etat, auprès
duquel il a su rentrer en grâce.
Les bourgeois, dans leur assemblée du 24 juin 1708, consentent
enfin à sa réintégration sous certaines
conditions, et renvoient son admission définitive au
nouvel?an, comme on peut le voir dans le procès-verbal
ci?dessous mentionné :
« Suivant la proposition faite par le sieur Moyse Matthey,
greffier de Collombier, priant et requérant cette bourgeoisie
de vouloir le remettre et recevoir bourgeois d’après
la lettre qui lui avait été accordée ci-devant,
offrant de se comporter d’une manière honnête
et qui nous donne de la satisfaction, priant d’oublier
ce qui s’est passé ci-devant à son égard.
Le fait ayant été mis en délibération
et considéré que de la part de SON EXCELLENCE
et de Messieurs du Conseil d’Etat il nous a été
recommandé, il a été dit qu’on le
reçoit et le réintègre bourgeois suivant
sa lettre, à condition toutefois qu’il payera l’obligation
qu’il doit (à la ville) avec les intérêts
et échus ; lorsque la bourgeoisie le trouvera à
propos, il fera venir le pettard qu’il a promis à
la première instance qui lui en sera faite, à
moins de quoi la bourgeoisie le fera venir (le pétard)
et on lui mettra en compte ce qu’il aura coûté.
Après que le dit sieur Matthey a eu entendu la lecture
de ce dessus, il a prié qu’on le remette du Conseil
de bourgeoisie dès aujourd’hui ; il s’est
passé qu’on le renvoie jusque au nouvel an pour
se présenter devant la bourgeoisie à ce sujet.
Il a avoué (consenti) le tout avec remerciements et promis
d’effectuer ce que dessus. »
En consultant les manuels de bourgeoisie des années qui
suivirent ce petit épisode, nous trouvons Moïse
Matthey mentionné plusieurs fois en qualité de
député de Boudry auprès de Son Excellence
le gouverneur ou bien auprès de ces Messieurs du château,
preuve bien certaine qu’il fut rétabli dans ses
droits de bourgeois.
Il aurait ainsi recouvré l’estime de ses concitoyens,
payé sa dette à la ville et fait venir le fameux
pétard pesant un quintal.