Messieurs les Maîtres-Bourgeois et Conseil de cette ville,
« Les garçons et jeunes mariés de Boudry
au nombre de vingt, exposent avec tout le respect qu'ils vous
doivent qu'ayant appris avec un sensible déplaisir l’affront
que reçurent nos maistres-bourgeois sur la boucherie
de Neuchâtel (hôtel de ville) en présence
de tous les députés de l'Estat, lequel affront
leur fut causé par le sieur Matthey, greffier de Collombier,
que vous y aviez envoyé en députation, seulement
pour entendre ce que Messieurs les Quatre-Ministraux avaient
à leur proposer, et vous en faire le rapport au lieu
de quoy il fut assez osé de se lever d’auprès
des dits sieurs maistres-bourgeois pour s’approcher de
la table où étaient assis Messieurs de Neuchâtel
avec leur secrétaire de ville pour critiquer sur ce que
celui-ci nous avaient marqués (inscrits) sur le rolle
(registre) des bien-intentionnés de cet Estat, ce qu'il
ne voulut souffrir et fit en sorte par ses discours que nous
en fûmes rayés (tracés) en présence
de tous les députés du Comté de Neufchâtel
et Vallangin, et qu'on reprit à Messieurs les maistres-bourgeois
et députés l'acte d'union et d'association faite
avec tous les corps de l'Estat, en leur faisant de grands reproches
sur ce que ceux de Boudry avaient toujours été
les derniers tant à signer les articles généraux
que les autres affaires importantes; et le dit Matthey non content
de cela fût trouver ceux du parti contraire (les Contistes)
pour se procurer une quantité de mémoires injurieux
contre le Souverain tribunal des Trois-Estats, puis il partit
de Neufchâtel environ la minuit pour venir à Boudry
faire assembler le Conseil de ville, où il fit lui-même
la lecture des mémoires fulminants et menaçants,
en ajoutant un long discours qui fit prendre une mauvaise résolution
à notre bourgeoisie, et qui fut rédigée
par écrit et renvoyée sur le champ au dit Neufchâtel
et qui fut derechef communiquée sur la boucherie (hôtel
de ville) aussi bien qu’à Son Excellence monseigneur
le comte de Metternich laquelle résolution fut généralement
désapprouvée; toutes lesquelles choses tournent
à la honte et confusion de notre généralle
bourgeoisie; et comme vous avez reçu le dit Matthey pour
luy et les siens au nombre de nos bourgeois contre notre gré
et consentement, nous vous prions qu'il soit cassé et
exclus pour luy et les siens à perpétuité
de notre bourgeoisie, faute de quoy nous nous adresserons à
la Seigneurie (le gouvernement) pour ce sujet, en luy représentant
comment vous avez vendu notre bien à une personne que
nous avons remarquée n’être propre que pour
nous troubler, et qui a déjà quatre fils ayant
outre cela une jeune femme pouvant peut-être encore luy
donner douze ou quinze autres enfants qui aujourd'huy ou demain
nous voudront passer sur la gorge, comme leur père fait
déjà en voulant posséder toutes les charges
et emplois du lieu, puisqu'il a fait tous ses efforts pour se
faire mettre dans l'élection de justicier et de maistres-bourgeois
s'étant fait nommer Ancien d’église quoique
son beau-père le soit déjà aussi bien que
plusieurs de ses oncles et s’est fait faire lecteur des
prières qui se font en l’église, ayant aussi
pensé ôter l’emploi à notre Secrétaire
de ville qui est un de nos vieux bourgeois chargé d’une
grosse famille, ayant aussi été assez hardi par
ses cabales de faire demander son congé à notre
procureur de ville qui nous rendait de bons services, dans la
vue de s’ériger en sa place, voulant être
de toutes les députations et mettre son nez dans toutes
les affaires de bourgeoisie, etc. » Après la sentence
des Trois-Etats du 3 novembre 1707, adjugeant la souveraineté
du pays à Frédéric 1er, roi de Prusse,
la bourgeoisie de Boudry s’étant réunie
le 10 novembre, elle octroie « un goubelet de poudre et
un pot de vin aux tireurs afin de se réjouir pour l’établissement
du Prince que Dieu a donné au pays en sa grâce
», et elle accorde aussi en sus « un demi pot de
vin aux femmes veuves et autres habitants ».
incident
(suite3)