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Incident dans la bourgeoisie

   
 
duchesse de Nemours  
La duchesse Marie de Nemours étant morte le 16 juin 1707, les bourgeois de Boudry se réunissent en assemblée générale le 3 juillet et prennent les résolutions suivantes :
« Les Bourgeois de Boudry ayant fait réflexion sur la perte immense que cet Etat vient de faire par la mort affligeante de notre auguste Souveraine, ils ont trouvé à propos de se rassembler aujourd’hui dans cette triste conjoncture où nous nous trouvons privés pour toujours d’une princesse qui n’avait rien tant à cœur que le bonheur et la félicité de ses peuples.
Et ayant mis en considération qu’il se trouve beaucoup de hauts et illustres prétendants à la succession de cet Etat, ils ont tous unanimement résolu et prêté serment de ne prendre aucun parti, ni de recevoir quoi que ce soit directement ou indirectement des dits hauts et illustres prétendants, ni de s’engager ni à l’un ni à l’autre par quelques promesses qui pourraient leur être faites, mais de se conformer suivant les bonnes délibérations qui seront prises pour le bien et avantage de la patrie, promettant en outre de n’aller boire ni manger aux dépends des dits hauts et illustres prétendants, ni de parler d’eux, ni de leurs droits que d’une manière convenable et respectueuse. »
Quelques temps après cette assemblée, sur l’invitation de la bourgeoisie de Neuchâtel, celle de Boudry entre dans l’association formée par tous les corps de l’Etat. Cette ligue avait pour but d’approuver les décisions des Trois-Etats dans le choix d’un souverain, et aussi d’obtenir de ce nouveau prince la garantie des franchises accordées aux communes par ses prédécesseurs. L’association, en s’y prenant d’avance, espérait aussi acquérir de nouvelles libertés.
Dans son assemblée du 16 octobre, la bourgeoisie de Boudry charge ses deux maîtres-bourgeois de la représenter à la réunion des délégués de la ligue, siégeant à l’hôtel-de-ville de Neuchâtel.
A ces deux magistrats elle adjoint encore quatre députés munis de ses pouvoirs, pour défendre ses droits et accepter toutes les mesures prises par les Trois-Etats et même de consentir à un délai pour la nomination d’un prince, si le souverain tribunal le jugeait nécessaire.
Au nombre de ces députés se trouvait le sieur Moïse Matthey qui avait été reçu bourgeois deux ans auparavant. Voici sous quelles conditions il avait été admis dans la corporation :
« Le 21 octobre 1705, le sieur Moyse Matthey, greffier de Collombier, s’est présenté en Communauté, priant qu’on le reçoive comme un de nos bourgeois, comme l’un de nous, sur ce, ses parents s’étant retirés jusqu’au troisième degré, la chose a été mise en délibération. Il s’est passé qu’on le reçoit lui et ses trois fils, et les siens qui pourront naître par an après, comme l’un de nous, moyennant la somme de mille Livres faibles qu’il payera ou s’en obligera à la ville, et en outre achètera et donnera à la dite ville un pettard de la pesanteur d’un quintal de fer et un sellet de cuir, et donnera à chaque feu tenant un pot de vin et un batz de pain. »

La députation se rend le même jour à Neuchâtel, mais pendant ce trajet Moïse Matthey fait des réflexions, si bien qu’arrivé à l’hôtel-de-ville il avait oublié le mandat dont il avait été chargé.
A peine entré dans la salle où étaient réunis les délégués des communes et le Conseil de la ville de Neuchâtel, il réussit par sa tenue et ses discours à mécontenter l’assistance et à exaspérer le banneret de Neuchâtel qui arracha l’acte d’union des communes des mains des députés de Boudry.
Une requête qui fut présentée à la bourgeoisie en novembre mettra le lecteur au courant des faits reprochés au sieur Matthey, dans cette malencontreuse séance de l’hôtel-de-ville de Neuchâtel.

incident (suite2)