Devant
l'Hôtel-de-Ville se trouvait la belle fontaine
qui, pour dégager la place, a été transportée un peu plus loin,
devant le temple.
Là était aussi un engin de torture auquel étaient condamnés les
délinquants pour des délits peu graves, entre autres les voleurs
de raisin.
Nous parlons du tourniquet, sorte de cage en bois tournant sur
un pivot. Le condamné y était introduit, et tous les curieux,
les enfants surtout, faisaient à qui mieux mieux pirouetter la
cage. Il suffisait de quelques minutes de cette gymnastique vertigineuse
pour procurer au patient un mal de mer implacable et le soulager
bon gré mal gré de l'objet de sa gourmandise. Au commencement
de ce siècle, l'Hôtel-de-Ville était en si mauvais état qu'il
fut plusieurs fois question de le reconstruire, mais les fonds
auraient fait défaut sans un secours inattendu. En 1813, les habitants
de Cortaillod décidèrent de racheter l'émine
de la porte, redevance annuelle qu'ils devaient à la
Commune de Boudry. La somme de dix mille livres
qu'ils payèrent de ce chef fut capitalisée pendant quelque temps,
et elle contribua considérablement à faciliter la réalisation
de ce projet, qui resta cependant latent jusqu'à ce qu'en 1832
les mairies de Bevaix, de Cortaillod et une partie de celle de
Rochefort fussent réunies à la juridiction de Boudry. L'Hôtel-de-Ville,
pour suffire à cet accroissement, était décidément trop petit.
On le démolit donc, acheta, pour leur faire subir le même sort,
les trois maisons dont il était entouré, et construisit le bâtiment
actuel qui fut isolé du temple. La commission chargée de ces diverses
opérations était présidée par le pasteur de Cortaillod, M. A.-L.
Grellet. Il avait à plusieurs reprises déjà dirigé les travaux
de construction que la Bourgeoisie
faisait exécuter, et plus d'une fois en prenant à sa charge une
partie des frais, entre autres ceux qu'avaient occasionnés les
réparations du temple. Aussi un jour M. Grellet, alors presque
octogénaire, venait de prêcher à Boudry, un bourgeois put-il bien
lui dire avec une pointe de malice : " M. le pasteur, puissiez-vous
encore longtemps continuer à nous édifier comme vous l'avez fait
jusqu'à présent. " Frédéric-Guillaume IV visita en 1842 le nouvel
Hôtel-de-Ville, où lui furent offerts une collation ainsi que
les vitraux qui avaient orné les fenêtres du chœur de l'église.
Il refusa ces derniers, en disant que des objets de cette nature
devaient rester où ils se trouvaient. Son intention était bonne,
mais elle n'eut pas un heureux résultat, car les vitraux restèrent
quelques temps dans les combles, puis disparurent. Ils sont maintenant
irrévocablement perdus, sauf un fragment, représentant les armes
du canton d'Uri, qui se trouve au Musée
de Boudry. Actuellement, l'Hôtel-de-Ville a encore
la même destination que l'ancien bâtiment auquel il a succédé,
avec quelques différences cependant. Les assemblées communales,
loin d'être un Etat dans l'Etat, n'ont plus guère à s'occuper
que de questions financières ; le Tribunal, au lieu de rouer et
de décapiter des condamnés, les envoie au pénitencier ou au Devens
; et les fêtes ne se donnent plus à l'occasion de prestations
de serments ou de visites princières, mais en commémoration du
1er mars.
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