Le
bourreau qui était un fonctionnaire de l'Etat et résidait à Neuchâtel,
était exécuteur non seulement des hautes oeuvres, mais aussi des
basses oeuvres, c'est-à-dire qu'il avait à abattre les chevaux,
le bétail malade, les chiens trouvés, etc. Il avait pour cela
des aides qu'il employait également en justice pour les petites
opérations, telles que l'application du fouet et du fer rouge,
tandis qu'il se réservait à lui-même l'opération du glaive lorsqu'il
y avait une tête à trancher. Il portait le costume décrit ci-haut
des huissiers du Conseil d'Etat et de la justice, mais il ceignait
l'épée du côté droit. Toute la justice assistait à l'exécution
des sentences, et lorsque le supplice était consommé, le bourreau
présentait son tricorne aux justiciers qui y déposaient un petit
écu. Mais si c'est à l'Hôtel-de-Ville que préludaient ces lugubres
scènes, la Chamoise était parfois le rendez-vous d'assemblées
moins sévères, car elle servait aussi aux réjouissances publiques,
aux dîners et aux bals offerts lors des prestations des serments
en 1707 et en 1786, ou à l'occasion de la visite de quelques-uns
des gouverneurs. Il ne faut pas oublier non plus que l'Hôtel-de-Ville
était en même temps une auberge, arborant sur son " schilt 2 "
les armes de la Bourgeoisie, et le dicton : " Demandez l'église
et vous trouverez le cabaret tout à côté ", était particulièrement
vrai à Boudry, car les caves de l'hôtel se trouvaient sous le
temple.
Elles étaient assez spacieuses, et l'on peut encore y voir, comme
clef de voûte, la tête d'un homme barbu assez bien sculptée. La
principale auberge d'une localité située sur une grande route
avait une importance que les moyens faciles de communication actuels
lui ont enlevée. En effet, les étrangers qui passaient par Boudry
prenaient pied-à-terre à l`Hôtel-de-Ville, qui devenait la clef
de toutes les communications de la localité avec le dehors, et
recevait la primeur de toutes les nouvelles. Ce n'était pas seulement
des promeneurs ou des personnes voyageant pour leur agrément,
dont le nombre n'était sans doute pas très considérable, qui s'arrêtaient
là. La plupart étaient des négociants pressés par leurs affaires,
des commis-voyageurs, des courriers de cabinet, des ouvriers-apprentis
et compagnons en quête d'ouvrage dans ces beaux temps des " Wanderjabre
". Puis tout le roulage entre Bâle et Genève, c'est-à-dire entre
l'Allemagne et une partie de la France et de l'Italie, les diligences
et les relais de chevaux donnaient à Boudry un va-et-vient que
nous avons peine à nous représenter maintenant. Aussi l'Hôtel-de-Ville,
où se rencontrait tout ce trafic, était le rendez-vous de toutes
les personnes désireuses d'apprendre ce qui se passait en dehors
de l'enceinte communale, et tenait en quelque sorte lieu, de gazettes
à une époque où elles étaient rares.
Hôtel-de-Ville
(suite5)