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D’autres fois toute
la population, le capitaine et ses hommes en tête, étaient
réquisitionnés pour faire la chasse au loup et au sanglier
; et le Manuel ajoute à une de ces décisions, «
bien entendu que les femmes veuves ne sont pas obligées d’y
aller». Est-ce à dire que les jouvencelles devaient, en
Dianes chasseresses d’un nouveau genre, courir le sanglier la
lance au poing ? Nous n’oserions l’affirmer. Mais quelquefois
aussi ces soldats pacifiques avaient de mauvais jours. Après
l’adjudication de Neuchâtel au roi de Prusse, Louis XIV,
qui avait pris fait et cause pour le prince de Conti, eut une contenance
menaçante et massa des troupes en Franche-Comté en vue
d’une invasion de notre pays.
Il fallut mettre les milices sur pied et couvrir la frontière.
Pierre Grellet et sa compagnie partirent donc et furent cantonnés
pendant plusieurs mois au cœur de l’hiver à la Chaux-du-Milieu,
prêts à entrer en campagne au premier signe. La position
n’était guère enviable pour des pères de
famille, et la solde payée par le roi était minime ( 1
batz par jour ) ; aussi les soldats étaient-ils rechangés
de temps en temps, et la Bourgeoisie dut leur allouer un supplément
de solde pour leur permettre de vivre. Mais heureusement l’orage
se dissipa. La diète d’Aarau du 22 mars 1708 mit fin aux
projets d’invasion du roi de France qui retira ses troupes et
les milices neuchâteloises purent être licenciées.
Pierre avait voyagé ; il était allé une fois à
Paris, à une époque où un tel voyage était
une entreprise.
C’est sans doute grâce à sa connaissance des pays
étrangers qu’en 1714 on le charge de faire parvenir de
l’argent à quelques bourgeois de Boudry établis
en Prusse ; mais « n’ayant pas trouvé l’occasion
de le leur faire tenir, il le rend ».
Ceci jette un singulier jour sur la facilité des moyens de communication
d’alors.
Il était chasseur et c’est autant pour son propre plaisir
que pour celui de ses combourgeois qu’en 1705 il se rend auprès
du gouverneur pour réclamer contre un particulier qui veut fermer
ses terres pendant la chasse. Il obtient gain de cause, le gouverneur
ayant répondu que « son intention n’était
pas de rien toucher à nos franchises et que les bourgeois pouvaient
librement chasser moyennant qu’ils ne tirassent ni serfs ( sic
) ni perdrix ».
Pierre Grellet est une figure qui ne manque pas d’originalité.
Nous l’avons vu probe, droit, jouissant de l’estime de ses
concitoyens, ferme dans l’accomplissement de ses devoirs, actif
et remuant. Il aimait les voyages ; la chasse et le militaire étaient
son plaisir, et il n’était sans doute jamais aussi heureux
qu’en chevauchant à la rencontre du gouverneur et en figurant
en bel uniforme au premier rang d’un cortège, ou en tenant
tête aux maîtres-bourgeois courroucés.
Il mourut en 1719, dans la force de l’âge.
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