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une page d'histoire au XVIIIe siècle

       
  Grellet  

Mais la sévérité du règlement contre les retardataires à s’acquitter de leurs dettes et contre les fonctionnaires négligents ne fut pas bien vue de chacun, surtout pas des maîtres-bourgeois en charge, qui, dans une assemblée, lurent des articles injurieux et calomnieux contre l’auteur du règlement. Mais Pierre n’est pas patient ; il réclame pour sa charge le respect qui lui est dû et fait signifier aux maîtres-bourgeois une " demande d’injure ". Ils doivent faire amende honorable, demander pardon et rétracter publiquement ces articles injurieux en reconnaissant Pierre Grellet “homme de bien et d’honneur ”. Le nouveau règlement n’est certes pas de trop, car il prouve que les gouvernants s’étaient jusqu’alors souvent servi des sommes qui leur passaient entre les mains pour leurs besoins particuliers, quitte à les rembourser plus tard, et ces reliquats de comptes traînaient souvent pendant des années. Les deux maîtres-bourgeois et le secrétaire avaient chacun un compte, et la règle généralement admise semblait être: « Tout le monde encaisse, personne ne paie ».
Pour obvier à cet état de choses, Pierre créa un poste spécial, celui de boursier, qui Dorénavant devait avoir sous sa surveillance toutes les rentrées et les dépenses de la communauté, et Frédéric Grellet fut le premier titulaire de cette nouvelle charge. Pierre, par son activité réussit à réprimer la plupart des abus, il fait rentrer l’arriéré, libère Boudry de ses dettes les plus criardes, remet à flot le fonds des pauvres et arrange diverses difficultés dans lesquelles la Bourgeoisie se trouve engagée avec les communes avoisinantes et quelques particuliers pour des bornages. Mais tout cela ne s’accomplit pas sans opposition, et Pierre donna bientôt sa démission, en septembre 1705. Il n’est pas facile de dire s’il considérait sa mission comme accomplie ou s’il était vexé des ennuis qu’on lui suscitait. Cette dernière hypothèse est permise, car le 4 octobre, le manuel rapporte que « si le sieur capitaine Grellet a fait des plaintes contre la communauté, ou ira à la Seigneurie pour se justifier ». Cependant dès lors les choses cheminèrent mieux.
Comme capitaine, Pierre nous apparaît plusieurs fois. Il existait dans le pays côte à côte deux sortes de milices, celles de la ville, comprenant tous les bourgeois de Neuchâtel, et le contingent proprement dit ou milices du prince. Comme Pierre n’était pas bourgeois de Neuchâtel, c’est de ce dernier corps qu’il était capitaine.
A cette époque, le capitaine recevait 20 batz pour chacun des cinq ou six dimanches d’exercice réglementaires. Mais ces jours fixes n’étaient pas les seules occasions d’endosser l’uniforme ; il y avait encore les grands jours, quand le prince ou le gouverneur venait dans la bourgeoisie, et les jours de réjouissance publique, à propos de la naissance d’un Prince de Prusse. Une fête de ce genre avait eu lieu en l’honneur du rappel d’exil de la duchesse de Nemours, lorsqu’en 1704 elle revint à Paris de Coulommiers où le roi l’avait bannie par lettre de cachet, parce que, forte de l’appui de ses sujets de Neuchâtel, elle lui avait résisté dans le choix du gouverneur et d’autres fonctionnaires. A cette occasion on donna « à chaque homme portant armes, un goubelet de poudre et un pot de vin, mais s’il y a quelqu’un qui ne fasse son devoir on ne lui donnera rien et en outre il sera châtié pour dix batz ».

Grellet (suite)

 
       
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