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Les menées des
prétendants étaient sourdes, et dans les Manuels de la
bourgeoisie on en trouve la trace moins par des allusions directes qu’en
lisant entre les lignes. Cependant elles arrivèrent à
leur apogée à la mort de la duchesse de Nemours, et on
dut alors, pour maintenir le calme et l’ordre, faire prêter
serment à toute la bourgeoisie « de ne prendre aucun parti
ni de recevoir quoi que ce soit directement ou indirectement des dits
hauts et illustres prétendants, ni de s’engager ni à
l’un ni à l’autre par quelques promesses qui pourraient
leur être faite.... promettant eu outre de n’aller boire
ni manger aux dépends des dits prétendants, etc. »
Lorsque Neuchâtel fut décerné au roi de Prusse,
le comte de Metternich se rendit à Boudry le 13 novembre 1707
pour faire prêter le serment de fidélité. Cette
cérémonie n’avait pas été célébrée
depuis 150 ans ; il ne s’agissait pas seulement de prêter
serment à un nouveau souverain, mais bien à une nouvelle
dynastie, et de mettre fin par là à de longues contestations.
Aussi fit-on les choses avec une pompe et une solennité inaccoutumées
afin d’impressionner le peuple. Un justicier anonyme du Locle
nous a raconté, dans son Abrégé de l’histoire
du Comté de Neuchâtel et Valangin, d’une manière
naïve tous les détails de cette journée et le rôle
prépondérant qu’y joua Pierre Grellet.
Mais Boudry n’était pas toujours en fête et même
la bonne harmonie entre les communiers était souvent troublée.
En parcourant les Manuels nous assistons à plus d’une séance
orageuse qui, quelquefois, se termine d’une manière assez
pittoresque. Ainsi nous lisons ce passage qui donne à réfléchir
: « François Favre et Claudy Barbier ayant été
accusés d’avoir commis du bruit le premier jour de l’an
en Bourgeoisie et fait rompre l’assemblée, on a demandé
à quoi ils doivent être condamnés. Il s’est
passé que puisqu’ils ne sont pas les auteurs de ce scandale,
qu’on les excuse pour cette fois à condition qu’ils
demanderont pardon à M. le lieutenant et à toute la Bourgeoisie,
et de promettre de n’y plus y retomber».
Généreuse bourgeoisie qui pardonne même les fautes
que l’on n’a pas commises ! Mais souvent le désordre
ne provient pas de quelques tapageurs qui sont ou ne sont pas les auteurs
du scandale, mais de malversations ou de négligence de la part
des administrateurs. C’est ce qui arriva en 1703. Les maîtres-bourgeois,
d’une incapacité signalée, avaient laissé
un grand désarroi s’introduire dans les finances de la
communauté, ce qui donna lieu à des reproches mutuels
et à des invectives, et finit par occasionner une brouille générale.
La situation était assez grave pour réclamer des mesures
vigoureuses. S’appuyant d’un précédent survenu
un demi-siècle auparavant, on suivit l’exemple des Romains
dans des moments de crise et on nomma une sorte de dictateur temporaire,
qui prit le nom de Procureur de ville. Pierre Grellet fut choisi pour
ce poste exceptionnel. Il avait pour mission de réparer les abus
passés et d’y parer pour l’avenir : il devait être
de toutes les commissions ; aucune affaire ne devait se traiter sans
son concours, bref, il était une espèce de tuteur de la
Bourgeoisie.
La première chose qu’il lit fut d’élaborer
un nouveau règlement très sévère pour faire
rentrer promptement les créances de la bourgeoisie et réprimer
les abus qui s’étaient glissés dans les charges.
Il contracta aussi sur de nouvelles bases un emprunt chez M. Lallemand
à Neuchâtel, pour rembourser d’anciennes obligations
plus onéreuses, entre autres ; celle envers la ville de Soleure
dont les intérêts impayés s’étaient
considérablement accrus.
Grellet
(suite) |
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