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Si
nous connaissons assez bien les hommes qui ont exercé une influence
marquante sur les destinées du pays, nous ignorons l’existence
même d’une foule d’autres, souvent d’une forte
trempe et d’une figure originale qui, pour avoir vécu dans
une sphère plus restreinte, n’en ont pas moins travaillé
au développement de nos institutions et de nos libertés
nationales. De ce nombre sont les deux frères Frédéric
et Pierre Grellet, nés à Boudry, le premier en 1661, le
second quelques années plus tard. A la fin du XVIIe et au commencement
du XVIIIe siècle, nous voyons dans leur ville natale le spectacle
d’un père et de ses trois fils, tous quatre notaires, occupant
pendant un demi-siècle, les charges principales et, tout puissants,
menant de haute main les affaires de la Bourgeoisie. Guillaume Grellet
était lieutenant de la Justice dont le greffier était
son fils Jean ; le second, Frédéric, occupait les postes
de secrétaire et de boursier, tandis que le cadet, Pierre, commandait
les milices en qualité de capitaine. En outre la charge de maître-bourgeois
fut occupée dix-neuf fois soit par eux soit par leurs fils.
Les administrations civiles, militaires et judiciaires étaient
ainsi en leurs mains et cela dans des temps difficiles. En effet,
presque depuis la mort d’Henri II, en 1663, jusqu’à
celle de la duchesse de Nemours, en 1707, le pays était dans
une agitation extrême causée par les querelles de régence
pendant l’incapacité de l’abbé d’Orléans
et par les intrigues des prétendants à l’héritage,
premièrement de ce dernier, puis de sa sœur Marie. Longtemps
avant que la succession fût ouverte, ils ne se faisaient pas
faute de chercher, par tous les moyens, à gagner des adhérents
influents au sein des bourgeoisies et communautés. Le prince
de Conta, entre autres, entretenait un espion très actif dont
la correspondance a été retrouvée à Paris
et qui rendait compte à son mandataire des dispositions de
toutes les personnes en charge.
Pour résister à toutes ces influences, il fallait être
doué d’une bonne dose de patriotisme et d’une force
de caractère peu commune. Guillaume Grellet semble avoir été
à Boudry à la tête du parti nemouriste, s’être
efforcé d’avancer de toutes manières les intérêts
de l’héritière légitime et lui avoir donné
maintes preuves de son attachement. Aussi l’espion contiste dit-il
de lui « qu’il ne fera rien », et lorsqu’en
1699 on décida d’envoyer auprès de la Souveraine
une ambassade « pour la supplier de confirmer les franchises et
d’en donner d’autres comme on a fait espérer »
(sans doute pour maintenir les bourgeois de Boudry dans le droit chemin),
il s’agissait naturellement de lui envoyer un ambassadeur qui
fût le bienvenu, une persona grata, le choix tomba sur un des
fils de Guillaume, lui-même étant alors trop âgé
pour entreprendre le voyage, et lorsque Pierre Grellet se rendit en
conséquence à Paris, on lui demanda tout d’abord
en haut lieu : « Eh bien ! comment se porte votre père
? »
Grellet
(suite) |
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