Les forêts du Champ-du-Moulin ont le privilège d'avoir appartenu
et d'être encore partiellement la propriété d'un grand nombre
de Communes. Neuchâtel, Peseux, Corcelles-Cormondrèche, Auvernier,
Colombier, Areuse,
Boudry, Rochefort, Brot, avaient leur mot à dire dans ces régions.
Comme d'habitude, des difficultés surgissent surtout entre bons
voisins ; on comprendra donc facilement que tant de propriétaires
aient eu quelquefois de la peine à se mettre d'accord. La plupart
des forêts de nos Communes leur ont été accensées par le comte
Louis de Neuchâtel, par Rodolphe de Hochberg ou par les baillis
suisses. Un accensement était un acte par lequel le seigneur
cédait un fonds contre une redevance annuelle en nature le plus
souvent, quelquefois en espèces, pour en user personnellement.
Dans les accensements de forêts, les communiers ne pouvaient
couper du bois que pour leur affouage, pour construire et réparer
leurs chars et charrues ; plus tard on étendit cette faculté
aux bois de construction, mais il était formellement interdit
d'en prendre pour le vendre, et quelquefois, il était ajouté
des restrictions spéciales, comme, par exemple, de conduire
une quantité déterminée de bois de chauffage au château de Neuchâtel.
Ce n'était donc dans l'origine qu'une jouissance, le seigneur
se considérant toujours comme propriétaire du sol ; mais les
Communes usèrent si largement de la faculté accordée, que bientôt
elles confondirent l'idée d'usance avec celle de possession
absolue, et c'est ainsi qu'elles devinrent peu à peu propriétaires
de fait. Dans les actes d'accensement, les limites des forêts
n'étaient pas toujours très clairement précisées et une même
forêt était souvent concédée à plusieurs Communes conjointement
: de là de fréquents démêlés. Ces procès forestiers sont très
nombreux et nous nous garderons bien de les tirer de la poussière
et de l'oubli pour les éplucher un à un. Ils ont entre eux tant
d'analogie que quelques citations suffiront pour mettre en relief
les faits se reportant aux forêts du Champ-du-Moulin. Un procès
eut lieu en 1568 entre les Communes d'Auvernier, Colombier,
Areuse et Rochefort d'une part, et Boudry d'autre part, dont
la cause est en substance celle-ci : Les quatre Communes prétendaient
avoir droit de bochéage dans toutes les forêts du Champ-du-Moulin,
y compris une prise appartenant à la bourgeoisie
de Boudry. Cette dernière, par contre, soutenait que sa prise
s'appelant Treymond
et non Champ-du-Moulin, elle ne rentrait pas dans les forêts
accensées aux quatre Communes sous ce dernier nom. ; les demandeurs
répliquaient que " les dits de Boudry peuvent appeler et mettre
nom à leur dite prise tel qu'il leur plaira forger, mais qu'ils
ont bien montré... qu'ils faisoyent, alloyent et menoyent bois
et fournoyoyent et deçà et delà de l'eau sans contredit de nully
qu'est clairement à entendre que c'était dessus leur prise que
autre part ".
les
foêts (suite2)