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EMIGRATION
NEUCHATELOISE AU XVIIIe SIECLE
Dans le commencement du XVIIIe siècle, il s’est passé
dans notre pays un fait que bien des personnes ignorent et que nos historiens
nationaux ont, je crois, oublié de mentionner dans leurs annales.
Il s’agit d’une émigration de Neuchâtelois
en Prusse ; les émigrants, en général des agriculteurs,
vendaient le peu qu’ils possédaient, quelque lopin de champ
ou de vigne, pour payer leur voyage ; quant à ceux qui étaient
dénués de tout bien terrestre, ils empruntaient l’argent
nécessaire à des amis ou à leur commune.
Boudry, comme les autres localités du pays, fournit aussi son
contingent d’émigrants.
« Le 16 mars 1710, deux bourgeois de cette ville, Jean Favre et
Jean?Jacques Barbier présentent une requête à la
bourgeoisie, par laquelle ils exposent qu’étant sur leur
départ, pour aller avec leurs familles dans les provinces de
Sa Majesté (Frédéric 1er) dépeuplées
par la mortalité, ils ont prié qu’on leur accorde
quelque argent pour le voyage. »
Dans l’année 1712, dix chefs de famille partent de Boudry
avec leurs femmes et leurs enfants, formant un ensemble d’une
cinquantaine de personnes ; la bourgeoisie leur délivre une attestation
de leur origine et a deux escus blancs1 par tête, à condition
qu’ils donnent une caution au cas qu’ils n’aillent
pas, ou qu’ils reviennent sans avoir été en Prusse.
»
Ce mouvement d’émigration fut arrêté par un
rescrit du roi adressé aux communes. Nous lisons à ce
sujet les lignes suivantes dans le procès-verbal d’une
assemblée de la bourgeoisie de Boudry :
« le 18 mars 1712, on a fait lecture d’une lettre envoyée
par le Roy, portant qu’on ne doit plus laisser aller du monde
en Prusse que ce ne soit par ordre du Conseil d’Estat, faute de
quoi on les renvoyera de Berlin. Sur quoy les sieurs Maistres bourgeois
ont ordonné à tous les communiers de ne plus laisser
partir personne pour ces pays-là. »
Néanmoins, plusieurs familles émigrèrent encore
dans les années qui suivirent la publication de cet arrêt
du roi, mais c’était probablement des familles dans l’aisance,
qui en obtinrent l’autorisation du gouvernement.
Plusieurs de ces colons neuchâtelois transplantés sur le
sol allemand revinrent dans leur pays natal plus pauvres qu’avant
leur départ ; quant à ceux qui restèrent dans les
Etats de Sa Majesté Frédéric 1er, ils donnèrent
quelquefois de leurs nouvelles à leurs parents et à leurs
connaissances, par l’entremise de voyageurs prussiens de passage
en Suisse.
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