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Alphonse Bourquin à Boudry (suite7)

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

En tout cas, il était urgent de lever sans délai une troupe armée; pour servir de garde urbaine, former deux postes commandés chacun par un officier digne de confiance, et organiser des patrouilles pour surveiller les bandes dont on redoutait les déprédations. La première proposition fut écartée d'emblée; et on s'empressa d'adopter les deux autres. Par humanité on décida de faire servir une soupe aux malheureux auxiliaires et de les loger dans le temple, où on leur fournirait de la paille pour se coucher. Quant aux canons —deux vieilles pièces de fer sans affût qui provenaient du fort de Joux démantelé par les Autrichiens, et qui ne pouvaient servir qu'à tirer des salves,—on devait les mettre en sûreté. Ceci est notre affaire personnelle, dirent les maîtres-bourgeois, nous nous en chargeons. Ainsi fut fait. Mais la nuit ne devait pas se passer aussi tranquillement qu'on pouvait s'y attendre. Malgré la garde composée de 50 ou 60 hommes et les patrouilles envoyées de divers côtés, on ne put empêcher les perquisitions faites à la fabrique de Boudry, de MM. Bovet, et à celle de Cortaillod, de M. DuPasquier, pour trouver des armes. La générale fut battue à plusieurs reprises, le tocsin fut sonné par Roessinger, disait-on, et cet appel des cloches au milieu de la nuit était chose lugubre et effrayante. Le soir, peu de personnes touchèrent à leur souper, il y en eut peu qui entrèrent dans leur lit; à peine osait-on coucher les enfants; tout le monde, effaré, était dans la rue, où circulaient les nouvelles les plus contradictoires Vers minuit, le bruit se répandit qu'on avait entendu des coups de fusil du côté de Cortaillod et qu'on avait vu un feu de peu de durée allumé comme un signal sur la colline au-dessus de Chanelaz. Une patrouille avait aperçu des hommes armés sur la route de Bevaix; ou avait distingué des baïonnettes brillant à la faible clarté de la lune, alors dans son plein, mais voilée par des nuages.
- Cette fois, ce sera l'armée promise par le commandant Bourquin, dirent les jeunes gens, qui tenaient à leur idée; allons à sa rencontre.
- Je vais avec vous, dit Amiet, surnommé "Bel homme" ancien soldat des gardes suisses qui avait combattu à Paris le 10 août 1792. On verra si la chose est sérieuse. Ils vont joyeux, prêts à chanter victoire; aussi, lorsqu'ils virent étinceler de nombreuses baïonnettes près de la rangée de peupliers qui bordent la route, et qu'ils entendirent un: "Qui vive?" sonore retentir dans la nuit, ils répondirent gaillardement: "Amis de Bourquin!" Un éclair et une décharge de mousqueterie éclatant soudain, suivis de coups de baïonnette, et d'une manœuvre rapide entourant quelques hommes faits prisonniers, leur firent comprendre qu'ils avaient devant eux l'ennemi, et un ennemi qui ne plaisantait pas. Eperdus de surprise, ils lâchent pied, s'enfuient au pas de course et rentrent à Boudry en poussant des cris horribles.
- Aux armes, aux armes; au secours, les royalistes sont sur nous; ils viennent; sonnez le tocsin!

Alphonse Bourquin à Boudry (suite8)

 
       
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