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Alphonse Bourquin à Boudry (suite6)le samedi 17 décembre 1831 |
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Cependant Boudry ne se prononçait pas d'une manière assez nette, paraît-il, car un jour, un dimanche, je crois, une troupe d'hommes armés venant de Cortaillod, tambour battant, somma les autorités de provoquer immédiatement un plébiscite. Une sorte de landsgemeinde fut tenue, sous cette pression, aux Esserts, dans le bas de la ville. Après une courte allocution et sur l'ordre donné à ceux qui ne voulaient pas être Suisses, et "rien que Suisses", de sortir des rangs, un seul, un octogénaire, obéit et se retira en criant: Vive le roi ! C'était le père de Philippe Suchard. Mais l'agitation qui ne fit qu'augmenter durant les mois de novembre et de décembre, rencontra bientôt, pour les gens sages, une cause sérieuse de refroidissement par la nouvelle des préparatifs militaires fais au chef-lieu, où le gouverneur de Pfuel était de retour: garde soldée de 400 hommes, organisation de la garde urbaine, avec artillerie et cavalerie; pareille création dans tous les centres royalistes, avec officiers, munitions, plan d'opération, lieu de ralliement. Tout cela est énuméré dans le Constitutionnel neuchâtelois, qui venait de naître et qui était destiné à paralyser toute agression contre le régime établi. Et c'est dans de telles conjonctures que Bourquin apparaissait avec sa bande désarmée, dépenaillée, inspirant plutôt la répulsion que l'envie de se joindre à elle; c'était une douche d'eau froide sur le cœur des patriotes. En proie à de cruelles appréhensions, les deux maîtres-bourgeois vinrent chez mon père-qui remplissait les fonctions de secrétaire de ville,-pour discuter les mesures à prendre immédiatement. Ils s'entretenaient en patois, langage employé alors par les hommes d'âge et qui avait un caractère plus familier, plus intime que le français. Que faire de ces gens désarmés par le gouvernement vaudois, montrant par là qu'il était opposé à l'entreprise de Bourquin et la condamnait. Deux alternatives se présentaient: ou bien considérer Bourquin comme un traître et le livrer lui et ses hommes au gouvernement, ou bien se hâter de les renvoyer à la frontière, en leur déclarant qu'on ne les seconderait en aucune façon dans leur entreprise. |
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