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Alphonse Bourquin à Boudry (suite5)

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

En 1831, le maître-bourgeois en chef était Frédéric Udriet, de Trois-Rods, et son collègue Henri Barbier, deux hommes capables, prudents, dont les sympathies étaient pour la Suisse, mais pénétrés de la responsabilité de leur autorité dans les circonstances actuelles, et ne se dissimulant pas que leurs actes étaient contrôlés par leurs adversaires politiques, peu nombreux, il est vrai, mais influents et en rapports continuels avec le chef-lieu. L'occupation du château de Neuchâtel par Bourquin avait été une surprise pour le plus grand nombre, et ce n'est que peu à peu qu'un contingent limité alla rejoindre la troupe des patriotes; ils y étaient poussés par des émissaires ardents venant de Cortaillod; mais il n'y eut pas de levée en masse. Après la capitulation de Bourquin et l'évacuation du château de Neuchâtel, il y eut un temps de trêve et d'apaisement causé par la présence des troupes fédérales cantonnées dans les localités dont la sympathie pour la Suisse était notoire et qui pesaient lourdement sur la population. Ce n'était pas une petite affaire d'entretenir deux bataillons bernois, un bataillon vaudois, deux batteries d'artillerie bernoise, une compagnie de carabiniers de Fribourg; ils devinrent même gênants dans le Vignoble à l'époque des vendanges. Les vendanges terminées et les pressoirs une fois fermés, l'agitation politique reprit de plus belle avec la fermentation du vin nouveau. Devenait-elle inquiétante, vite une démonstration militaire était ordonnée et on voyait reparaître les uniformes bleu-clair des bataillons bernois, les épaulettes rouges des grenadiers vaudois, les gros canons avec l'estampille de l'ours et les longs couteaux de chasse au bout des carabines des Fribourgeois vêtus de vert. Tout cela passait à grand bruit de tambours, de trompettes, de pesantes roues d'affûts et de caissons, de ferraille, de piétinements de chevaux, sans gaîté ni sympathie, avec un air sévère de répression qui glaçait le cœur. Mais l'effet ne durait pas longtemps, le lendemain déjà, on voyait les échauffés reprendre leurs menées, les cabarets redevenaient bruyants; on remarquait les allées et venues de Bourquin qui se remuait étrangement et avait des conciliabules secrets avec ses affiliés. Je me souviens d'avoir gardé son cheval et sa voiture, un soir qu'il resta plus d'une heure à l'hôtel-de-ville de Boudry et d'avoir reçu un batz que je conservai précieusement tant que je le crus un héros.

Alphonse Bourquin à Boudry (suite6)