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Alphonse Bourquin à Boudry (suite4)

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

En ce moment, la nuit se faisait noire, il était cinq heures. Pas un cri n'avait été proféré, nulle démonstration d'aucune sorte n'avait marqué leur arrivée. Cette apparition répondait si peu à l'attente générale, qu'on prit ces inconnus auxquels on se gênait de parler, pour une plaisanterie, une farce destinée à rendre plus brillante, par le contraste, la vraie armée qui ne tarderait pas à faire une entrée triomphale avec canons, musique et tambours. La place, mal éclairée par un réverbère à huile, se couvrait d'hommes qui allaient et venaient indécis, se demandant le mot de cette énigme et commençant à redouter un très grand danger. Les questions adressées aux arrivants ne recevaient que des réponses évasives, mais tous étaient d'accord pour demander énergiquement des armes et des munitions.
- Nous avons nos fusils, leur disaient les citoyens de Boudry, nous ne pouvons pas les donner, et la Bourgeoisie n'a point d'arsenal.
- Indiquez-nous les maisons des aristocrates où nous pourrons en trouver; on dit qu'il y en a dans les fabriques; et puis vous avez des canons, nous saurons bien les prendre.
- Si vous êtes venus pour faire ce métier, vous pouviez rester chez vous.
Cependant les autorités de Boudry, les maîtres-bourgeois, étaient en proie à une émotion facile à concevoir. Que faire de ces gens inconnus pour la plupart, qui demandaient arrogamment des armes et des cartouches pour marcher sur Neuchâtel? Se joindre à eux et commencer la guerre civile leur paraissait, dans ces conditions, chose impossible; les laisser toute la nuit errer, maîtres de la Ville; était dangereux. Comment les contenir s'ils se mutinaient ? A tout ce qu'on lui disait, Bourquin répondait en désespéré:
" Le gouvernement vaudois nous a fait désarmer à la frontière, trouvez-nous des fusils, sortez de vos maisons, faites battre la générale, proclamez la levée en masse, et dans deux heures nous sommes maîtres de Neuchâtel. Je suis prêt moi, à verser mon sang pour notre noble cause, l'union complète à la Suisse, notre émancipation, la liberté."
Pour mieux comprendre ce qui va suivre, quelques explications sont nécessaires. Boudry était un centre de bourgeoisie et de juridiction ; il avait une cour de justice civile et criminelle, composée de douze justiciers présidés par un châtelain, alors M. Cousandier, qui habitait Colombier. Cette cour de justice avait son greffier et son huissier, ou grand sautier, habitant le château, où il remplissait les fonctions de geôlier. Le conseil administratif de la Bourgeoisie se composait du maître-bourgeois en chef, toujours pris parmi les justiciers, du maître-bourgeois en second, élu parmi les simples communiers, du boursier, du secrétaire de ville et d'un huissier, portant le manteau bleu et rouge, aux couleurs de la Bourgeoisie.

Alphonse Bourquin à Boudry (suite5)

 
       
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