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Alphonse Bourquin à Boudry (suite3)

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

Telle fut l'entrée d'Alphonse Bourquin et de son compagnon à Boudry. Ils mirent pied à terre devant le vieil hôtel-de-ville, contigu au temple, et dont les écuries s'ouvraient sur la rue. Ils confièrent leurs chevaux à un valet et disparurent sous la porte sombre comme deux paisibles voyageurs qui demandent un gîte pour la nuit. Mais la nouvelle bientôt connue provoqua un rassemblement autour de la fontaine. C'était l'heure où l'on abreuvait le bétail et où les ouvriers des fabriques d'indiennes rentraierait chez eux.
- Et l'armée? criaient des voix inquiètes, où est-elle?
- Elle vient, parbleu ! disaient les optimistes, allons à sa rencontre.
- Si elle marche sur Neuchâtel, il faut préparer nos fusils, la danse va commencer; nos messieurs de là-bas verront du pays.
- Ne nous pressons pas, dit un vieux qui fumait sa pipe tranquillement; pourquoi le commandant n'est-il pas avec sa troupe? J'ai fait la guerre assez longtemps sous l'empereur-et il porta deux doigts à son bonnet,-pour savoir comment les choses se passent en pareil cas. S'il y a une armée en route, pourquoi le chef ne marche-t-il pas à sa tête ? Un chef n'abandonne jamais sa troupe.
- Il est venu préparer les logements pour la nuit, dit un jouvenceau d'un air entendu.
- Mon garçon, on a pour cela des fourriers; ce n'est pas l'ouvrage d'un chef. D'ailleurs, si on attaque cette nuit pas besoin de logements. Il y eut un silence et un froid.
- Alors, hasarda l'un d'eux, il faut aller lui demander ce que nous devons faire.
- Rien de ça, attendons l'armée qu'on nous annonce, et sur laquelle nous comptons pour agir. Si nous sommes des hommes dignes de la liberté, conduisons-nous en hommes, comme les Suisses des premiers temps.
Pendant qu'ils devisaient ainsi sur la rue, les pieds dans la neige on vit déboucher, par la porte du haut de la ville, une troupe d'hommes, marchant deux de front, sans tambours ni trompettes. Les six premiers seuls étaient armés de fusils, quatre portaient l'uniforme, bien connu alors, des régiments suisses au service de France, dissous l'année précédente après la chute de Charles X: habit rouge à bandes blanches horizontales sur la poitrine, pantalon gris-bleu. Les autres étaient en bourgeois, assez mal couverts. Plusieurs portaient sur l'épaule un échalas ou un tuteur d'arbre. Ils s'arrêtèrent devant l'hôtel-de-ville; ceux qui paraissaient les chefs quittèrent le détachement et entrèrent dans l'auberge pour demander des ordres.

Alphonse Bourquin à Boudry (suite4)

 
       
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