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Telle
fut l'entrée d'Alphonse Bourquin et de son compagnon à Boudry. Ils mirent
pied à terre devant le vieil hôtel-de-ville,
contigu au temple,
et dont les écuries s'ouvraient sur la rue. Ils confièrent leurs chevaux
à un valet et disparurent sous la porte sombre comme deux paisibles
voyageurs qui demandent un gîte pour la nuit. Mais la nouvelle bientôt
connue provoqua un rassemblement autour de la fontaine.
C'était l'heure où l'on abreuvait le bétail et où les ouvriers des fabriques
d'indiennes rentraierait chez eux.
- Et l'armée? criaient des voix inquiètes, où est-elle?
- Elle vient, parbleu ! disaient les optimistes, allons à sa rencontre.
- Si elle marche sur Neuchâtel, il faut préparer nos fusils, la danse
va commencer; nos messieurs de là-bas verront du pays.
- Ne nous pressons pas, dit un vieux qui fumait sa pipe tranquillement;
pourquoi le commandant n'est-il pas avec sa troupe? J'ai fait la guerre
assez longtemps sous l'empereur-et il porta deux doigts à son bonnet,-pour
savoir comment les choses se passent en pareil cas. S'il y a une armée
en route, pourquoi le chef ne marche-t-il pas à sa tête ? Un chef n'abandonne
jamais sa troupe.
- Il est venu préparer les logements pour la nuit, dit un jouvenceau
d'un air entendu.
- Mon garçon, on a pour cela des fourriers; ce n'est pas l'ouvrage d'un
chef. D'ailleurs, si on attaque cette nuit pas besoin de logements.
Il y eut un silence et un froid.
- Alors, hasarda l'un d'eux, il faut aller lui demander ce que nous
devons faire.
- Rien de ça, attendons l'armée qu'on nous annonce, et sur laquelle
nous comptons pour agir. Si nous sommes des hommes dignes de la liberté,
conduisons-nous en hommes, comme les Suisses des premiers temps.
Pendant qu'ils devisaient ainsi sur la rue, les pieds dans la neige
on vit déboucher, par la
porte du haut de la ville, une troupe d'hommes, marchant
deux de front, sans tambours ni trompettes. Les six premiers seuls étaient
armés de fusils, quatre portaient l'uniforme, bien connu alors, des
régiments suisses au service de France, dissous l'année précédente après
la chute de Charles X: habit rouge à bandes blanches horizontales sur
la poitrine, pantalon gris-bleu. Les autres étaient en bourgeois, assez
mal couverts. Plusieurs portaient sur l'épaule un échalas ou un tuteur
d'arbre. Ils s'arrêtèrent devant l'hôtel-de-ville;
ceux qui paraissaient les chefs quittèrent le détachement et entrèrent
dans l'auberge pour demander des ordres.
Alphonse
Bourquin à Boudry (suite4)
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