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Alphonse Bourquin à Boudry (suite12)

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

- Je me souviens aussi d'un vieil officier de Merveilleux ; en tenue militaire celui-là, épaulettes d'argent de capitaine, qui ne quittait pas le foyer de la cuisine où ma mère avait allumé un grand feu (le fourneau-potager était chose inconnue).
Il étendait ses mains maigres vers les flammes, et regardait dans la cheminée, au-dessus de sa tête, les lards et les jambons.
- Ah! s'écria-t-il tout à coup, lorsqu'il fut réchauffé à fond, je commence à dégeler, il me faut de la fumée.
Et sa bouche fit les mouvements d'un homme qui fume.
- Tu ne comprends pas ! ajouta-t-il en me regardant et en répétant sa pantomime.
- Vous voulez fumer ?
- Oui, apporte-moi des cigares.
- Nous n'en avons point, mon papa ne fume que la pipe.
- Pauvres gens! Tiens, voilà des batz, cours à la boutique.
La guerre me hantait à tel point qu'arrivé dans le petit magasin du père Vasserot, je demandai pour trois batz de cartouches, mais des bonnes au moins.
Des cartouches ?
- Dieu nous pardonne! nous n'en tenons pas, fit Vasserot en reculant d'effroi.
Quand je rapportai les cigares, le vieux capitaine rit beaucoup de ma distraction.
-Tu aurais aimé me faire sauter en l'air dans la cheminée, parmi vos jambons, avec ces cartouches que tu réclamais, petit rebelle, me dit-il en me pinçant la joue. A cause de ça, prends cette belle pièce de trois piécettes de Berne et garde-la en souvenir du vieux capitaine de Merveilleux, qui s'est bien réchauffé chez vous.

 
       
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