Accueil Célébrités Monuments Politique Social Religion Economie Ecoles Militaire Plan site
         
     

Alphonse Bourquin à Boudry (suite10)

le samedi 17 décembre 1831

 
         
  Alphonse Bourquin  

- Ah ! te voilà, vieille canaille, dit un homme en sortant des rangs et en lui portant sa baïonnette sur la poitrine; je vais te crever le ventre !
On s'interposa pour empêcher un meurtre. Je n'oublierai pas l'air digne et calme du vieillard, vêtu d'une longue redingote grise, qui restait muet sous les coups de crosse. Quel dimanche et quelle consternation quand cette troupe fut partie du côté de Bevaix pour nettoyer la Béroche jusqu'à la frontière vaudoise selon l'expression consacrée alors ! On se demandait ce que feraient à leur retour ces hommes animés de passions féroces et qui, pourtant, étaient des compatriotes ; personne ne se sentait plus en sûreté depuis qu'on avait vu les rancunes particulières se manifester ouvertement sans que les chefs pussent toujours les réprimer. Vers le soir un voisin vint dire qu'on entendait le canon du côté du Val-de-Travers. Je courus au lieu appelé " Derrière le Château ", d'où l'on domine un vaste horizon; il y avait déjà quelques personnes qui écoutaient avec anxiété ces sourdes détonations. Que se passe-t-il au Val-de-Travers? se demandait-on. On le sut le lendemain; c'était le gouverneur de Pfuel qui canonnait Couvet et nettoyait le Val-de-Travers avant d'en faire autant à la Chaux-de-Fonds. A son retour de la Béroche, où elle n'avait rencontré aucune résistance, l'armée royaliste ramenait en triomphe 50 à 60 prisonniers; liés deux à deux et marchant à la file, encadrés au milieu des soldats goguenards. Rien de navrant comme ces hommes attachés à la façon du bétail, marchant tête baissée et l'air abattu, s'attendant probablement à être fusillés, selon la promesse charitable faite par ceux qui les conduisaient, et que la présence du bourreau Steinmeyer, coiffé de son claque, n'était pas pour infirmer. Quelques jours plus tard, nous fûmes occupés de nouveau par des troupes chargées de nous désarmer et d'en faire autant à Cortaillod, à Bevaix jusqu'à la frontière vaudoise. C'était pitié de voir manier ces fusils, ces belles carabines, même les fusils de chasse; comme des échalas mis au rebut. Des hommes sans cœur les prenaient par brassées et les entassaient dans des chars réquisitionnés. Je pleurai quand je vis emporter la carabine de mon père, avec laquelle il avait percé tous les cartons qui couvraient une paroi de sa chambre, le fusil de chasse qui avait abattu tant de lièvres, son sabre de capitaine, son palass, qu'il tenait d'un vieux capitaine Pomey revenu de Marengo et de la première campagne d'Italie, et ce vieux couteau de chasse sur la lame duquel on lisait les mots: "Vivat pandur! " gravés au-dessous de l'effigie d'un cavalier portant de grandes moustaches et une étrange coiffure.

Alphonse Bourquin à Boudry (suite11)

 
       
CrawlTrack: free crawlers and spiders tracking script for webmaster- SEO script -script gratuit de dsuivi des robots pour webmaster